• Marie Robert

Ceci s’adresse à nous



Qu’est-ce que l’autorité ? Quel est le secret de ceux qui s’imposent ? De ceux qui savent se faire entendre et dont la parole est prise comme une incontournable injonction ? Sur quoi repose cette curieuse aptitude que l’on redoute, et que l’on souhaite pourtant aux profs, aux décideurs, aux meneurs d’homme ? A tous ceux qui sont dans l’obligation de faire adhérer les autres à leur vision ? Rime-t-elle forcément avec l’expression d’un pouvoir abusif ? A ces questions épineuses les philosophes répondent par différents piliers, tous aussi légitimes que contestables. Pour Platon, le socle de l’autorité est la connaissance, la puissance du savoir. Pour Robert Filmer, c’est la figure du père, chez Hobbes, la soumission volontaire à un chef, chez Pascal, ce sont les titres et l’habitude qui la légitime, pour Denis Diderot, elle ne peut se dispenser de la parole libre, alors que pour Max Weber, l’enjeu est le charisme, et enfin, chez Jurgen Habermas, sa clé est la délibération, le consentement collectif. Chacune de ces propositions s’explique par un contexte, renvoie à un système de pensée, à une manière d’appréhender les rapports humains et la société qui les régit. Ils ont leur pertinence autant que leurs effets pervers, mais leur mérite est bien d’éloigner le fantasme d’une autorité reine et inattaquable. Ainsi décortiquée, l’autorité devient un appel à la complexité, à la nuance, et surtout, au positionnement. Car au fond, l’urgence est peut-être de comprendre quel est le ressort qui nous fait obéir. Prenons le temps d’interroger nos rapports d’autorité, de les regarder avec lucidité, de les remettre en cause si cela est nécessaire… C’est à ce prix que nous pouvons assumer le souffle de notre désobéissance.

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