• Marie Robert

Ceci peut réveiller un vendredi



La fantaisie. Curieux terme. Héritier du latin « fantasia », il désignerait une « vision », quelque chose à la frontière entre l’imagination et la réalité. En grec, il est synonyme d’image qui « s’offre » à l’esprit, une apparition qui surgit là, juste là, sur le rebord de notre âme, et qui nous fait échapper un instant à la morosité. Un goût passager, étranger à la contrainte. Pendant quelques minutes, ne pas suivre les usages, oublier les règles. D’Alberti à Képler, nombreux sont les penseurs et les scientifiques qui choisissent, à la Renaissance, d’exprimer leurs idées sous la forme de fictions invraisemblables et divertissantes. Rompant avec la tradition de l’écriture philosophique abstraite et aride, la fantaisie consiste donc à aborder les concepts sous une forme ludique. Au quotidien, la fantaisie n’est pas un caprice déraisonnable, ni une bizarrerie inconséquente. Au-delà de son allure saugrenue, il y a peut-être dans la fantaisie une forme de résistance bien plus profonde qu’il n’y parait. Transformer la matière du réel pour laisser place à la créativité. S’offrir un temps de respiration pour mieux reprendre son souffle. Permettre à nos pensées de retrouver leur mobilité. La fantaisie déforme pour mieux s’approprier. Voyez-vous ce collaborateur, qui en pleine réunion, se transforme en crocodile ? Et ce mur juste à côté de vous qui se recouvre de feuillage ? La fantaisie est ce territoire qui n’appartient qu’à vous seul, une jungle de liberté. Je vous souhaite une journée d’apparitions.

0 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout

©2020 par Philosophy is sexy.