• Marie Robert

Ceci ne se scanne pas.


Ceci ne se scanne pas. Dans un restaurant, il y a quelques jours, j’ai réglé avec un « QR code », c’est-à-dire en photographiant, grâce à mon téléphone, un petit labyrinthe de pavés noirs et blancs. En quelques secondes et trois options, l’addition était réglée et je pouvais m’en aller. Je ne suis pas du genre à considérer que les choses « étaient mieux avant », et pour tout un tas de raisons, je connais bien les difficultés du monde de la restauration, mais tout de même, quelque chose dans ce geste m’a interloqué. C’est curieux comme nous réduisons nos espaces de paroles. Pas nos discussions intimes, mais ces petits échanges quotidiens, insignifiants, et pourtant fondateurs. Ceux qu’on ose, enfant, les premières fois où l’on se rend seul à la boulangerie : « Oui, bonjour, je voudrais deux baguettes pas trop cuites s’il vous plait ». Ces dialogues mineurs sont un apprentissage. Ils nous obligent à parler à des inconnus, à faire usage de politesse, à remercier, à montrer notre considération, à plaisanter sur le goût du plat ou sur la météo. C’est une manière d’entrer en lien avec ce qui n’est pas nous. J’ai une tendresse particulière pour le bavardage. Les murmures sous les draps en colonie de vacances. Les sympathies du voisinage devant les boîtes aux lettres. Les rituels familiers dans nos cantines de quartier. Papoter, causer, tchatcher, jacasser. C’est à travers ces babillages que l’on se rejoint, que l’on s’apprivoise, et finalement que l’on crée ce troisième lieu qu’on appelle « relation », si on est capable de laisser de la place à l’autre, de l’écouter, et de construire en commun. Faire la conversation est un art, mais c’est également le socle de la transmission. Car converser c’est aussi faire perdurer. Nos mots parviennent à l’interlocuteur, qui les absorbe, les déforme, se les approprie, puis les fait jaillir à son tour en d’autres temps et d’autres lieux. Parler ensemble, constitue le premier enjeu du fonctionnement démocratique. Alors espérons que les murmures ne s’arrêtent pas et que les langues s’étourdissent d’humanité. Je vous souhaite de ne pas scanner. #Bonjour

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