• Marie Robert

Ceci ne se couvre pas.


Ceci ne se couvre pas. 20h58. Les rares pas encore audibles dans les rues de Marseille s’accélèrent. Au coin de la rue, quatre jeunes gens, vingt-cinq ans à peine, attendent une livraison. J’attrape quelques mots à la volée : « Mais qu’est-ce que je vais devenir si je ne fais plus la fête ? ». Question triviale, excessive, sans doute dérisoire, peut-être même pathétique. Il y a tellement plus important qu’une perspective de liesse. Tout le monde survit à l’absence de festivités. La crise sanitaire, économique, idéologique, nous oblige à ignorer ce vernis de superficialité. Et pourtant, quelque chose me touche dans cette question. Quelque chose qui attise le feu de mes pensées, que rien ne peut recouvrir. La fête. Celle de l’école, en CM1, quand Monsieur Beguer nous laissait mettre les cassettes de notre choix. Celles qui, pendant des années, illuminaient les mois de novembre en célébrant l’anniversaire de mon frère. Celle de 98 où nous étions tous devenus les champions d’un monde. Celles des mariages d’êtres aimés et celles auxquelles on trouve des prétextes. Celles de trop, qu’on regrette sur le moment, mais dont on parle des années après. Celles, nationales, qui nous rappelle aux frissons de l’unité. Celles des saturnales romaines et des carnavals. Qu'y a-t-il dans la fête qui nous rende sa fin insupportable ? Sans doute est-ce la possibilité d’échapper pour un temps aux conduites sociales ordinaires. Il s’agit d’exister autrement, l’espace d’une soirée ou d’une nuit. C’est parce que la fête est vaine qu’elle est poétique. C’est parce qu’elle suspend la logique, la productivité, l’utilitarisme, qu’elle est précieuse. Comme le dit si bien Michal Foessel, elle est « une expérience collective où les gens ne sont pas réunis autour d’impératifs professionnels, mais tentent d’expérimenter d’autres manières d’être ensemble ». Un jour, sans doute aucun, nous referons la fête, mais en attendant, trouvons d’autres moyens d'explorer ce luxe de l’abandon. Chez nous, à feu couvert, dans nos salons. Une danse, un slow, un bain, un appel sans fin, une inutilité reine, triomphante parce que vaine. Je vous souhaite un cœur en fête. #Bonjour#Matin#Morning#Fête#Party

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