• Marie Robert

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Quel est le risque si la bûche n’est encore pas achetée ? Si les cadeaux ne sont pas étiquetés ? Si nous répondons pas à notre belle-sœur qui aimerait savoir si la dinde est vegan ? Les plus beaux rites sont ceux qui ont du sens, ceux qui nous évoquent quelque chose dans les profondeurs de notre cœur. Dans les années 50, l'anthropologue Claude Levi-Strauss s'est interrogé sur le soin particulier que notre société occidentale accorde à la figure du Père-Noël, et sur notre effort permanent pour maintenir son prestige intact auprès des enfants autant que sa présence dans nos imaginaires. Bien sûr, on peut percevoir à travers son utilisation l'objet d'un pernicieux chantage "si tu es bien sage alors tu auras ceci ou cela". C'est la barbe blanche qu'on instrumentalise pour récompenser et ainsi, exercer une forme de domination sur l’autre. Mais si l'on se détache de ces débats, bien que judicieux, sur les rapports de pouvoir, ou sur la société de consommation, n'y-a-t-il pas autre chose que cela ? N'y-a-il pas quelque chose de joli dans cette espérance de Noël ? Si l'on s'agite autour de cet homme en rouge, n’est-ce pas qu’au fond de nous demeure toujours le désir de croire, aussi peu que ce soit, en une générosité sans contrôle, une gentillesse sans arrière-pensée, en un bref intervalle durant lequel sont suspendues toute crainte, toute envie et toute amertume ? Soudain, à travers cette lecture, le Père Noël et ses cadeaux retrouvent le chemin de l'immatériel. Un "présent" n'est rien d'autre qu'une ode à la présence. A simplement être là, pris dans ce temps curieux, entre l'obscurité et la lumière, entre le monde des vivants et celui des morts qui s'invitent à notre table. On se réchauffe à la flamme allumée dans les âmes des enfants et à la puissance de l'invisible. La meilleure manière de dissoudre un chantage ou de résister à une euphorie d'achat est de prendre la mesure de ce que l'on célèbre. Alors qu'importe le reste, la seule question qui est vaille est : quelle part d'humanité voulons-nous fêter ? Je vous souhaite un doux lundi, et la grasse matinée qu'il faut pour y répondre.

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