• Marie Robert

Ceci n’est peut être pas ce que l’on croit



"Supposons que chacun possède une boîte contenant ce que nous appellerons un “scarabée”. Personne ne pourrait jamais regarder dans la boîte des autres ; et chacun dirait qu’il ne sait ce qu’est un scarabée que parce qu’il a regardé le sien. — En ce cas, il se pourrait bien que nous ayons chacun, dans notre boîte, une chose différente." - Wittgenstein, paragraphe 293. Ludwig Wittgenstein a recours à une fable pour expliquer l'un des problèmes les plus épineux de la philosophie du langage. Comment être certain que nous parlons de la même chose quand nous employons un mot ? Evidemment, si c'est un scarabée, la réponse pourrait être : "en le montrant". Mais si c'est quelque chose qui ne se montre pas ? Le scarabée pourrait tout à fait être un arbre, une pierre, alors là, pas de souci mais s'il s'agit de "l'amour" ou du "deuil" ? Comment être certain que l'amour caché dans la boite des autres ressemblent à l'amour caché dans notre propre boite ? Le contenu de la boîte est connu de nous seuls. C’est ce qu'on appelle sa signification privée, avec l’image mentale que nous lui faisons correspondre. Cette signification et cette image mentale change selon notre culture, notre âge, notre éducation, nos expériences, notre mode de vie, nos émotions...etc. Mais alors, si chaque mot a une signification privée, comment faire pour communiquer avec les autres ? Est-ce que ça veut dire que le partage est impossible ? Au contraire. Apprenons aux enfants à raconter, à décrire, à expliquer ce qu'il y a dans leur boite. Nous sommes tous différents, mais nous pouvons raconter nos différences pour faire un chemin vers l'autre. Peut-être qu'alors, nous découvrirons que nos scarabées se ressemblent.

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