• Marie Robert

Ceci n’est pas vide.


Quel étrange mois de juin. Comme s’il devait compenser à lui seul, ce printemps passé en dehors du monde. Le temps scolaire, lui, demeure fidèle à ses traditions. Les jeux de société remplacent peu à peu les manuels, les goûters de fin d’année donnent l’illusion de la normalité. Les vacances se profilent avec leur lot de soulagement et d’organisation infernale. Que l’on parte ou non, la période est propice au questionnement : qu’attendons-nous de cette période ? En latin, le terme « vacances » repose sur l’idée de l’inoccupé, l’ambition d’un espace libre, tissé d’oisiveté. Mais est-ce toujours le cas ? Les vacances sont souvent le miroir de nos incohérences, de nos empêchements, ou de nos contraintes. Plannings absurdes, difficultés financières, charge familiale ou professionnelle, elles nous placent face à ce qui nous semble insoluble et éreintant. Loin d’être une bulle apaisante, elles deviennent un passage obligé. L’espérance du repos se retrouve engloutie sous toutes les urgences quotidiennes. Alors peut-être est-il temps de changer de regard, que l’on reste dans son appartement ou que l’on savoure l’étreinte du sable, on peut adopter la vision de Montaigne, et faire de nos vacances le lieu d’une découverte. On voyage pour trouver ailleurs de l’inconnu, pour se confronter à la diversité des goûts, des saveurs, des mœurs, pour être en dehors de ses habitudes et faire face au différent. Alors il n’est plus question de maitrise, il n’est même plus question de rythme. L’enjeu est d’accepter que les vacances soient le lieu où rien n’est pareil. Brisons nos disciplines, ouvrons des livres jamais lus, allons dans des rues vierges de nos pas, lâchons nos principes. Quittons-nous pour mieux revenir. Et surtout, allons vers ce qui ne nous ressemble pas. « Un honnête homme est un homme mêlé » dit Montaigne, un homme mêlé aux autres, agrandi par l’étonnement. Qu’importe que tout soit parfait, que les visites soient moins nombreuses, que le sport face défaut, que les enfants soient plus libres, qu’importe qu’on aille dans la rue d’à côté ou à des kilomètres pour une nuit ou trois semaines, pourvu que ce lieu vacant soit habité de souvenirs.

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