• Marie Robert

Ceci n’est pas une tranchée.


Ceci n’est pas une tranchée. Hier, j’étais un peu énervée. Ça ne dure jamais longtemps car l’énervement chez moi se transforme souvent en une sorte de grand désarroi qui finit par se fracasser en sanglots, peut-être simplement pour être mieux évacué. Le sujet de mon agacement reposait dans cette curieuse manie de la division et de la segmentation. Ça commence si tôt dans l’enfance. Il y a les bons et les gentils, les cools et les losers, les forts et les cancres, les études qu’il faut faire et celles qu’il faut fuir. Et puis, cela se poursuit. Il y a les vrais auteurs et les auteurs qui vendent, il y a les activistes qui agissent pour la planète et ceux qui se contentent de trier, il y a les universitaires et les vulgarisateurs, il y a les premières lignes et les peinards au bureau, il y a ceux qui font du bon son et ceux qui écrivent de la variété, il y a les chefs d’œuvre et les films du dimanche à la télé, il y a les écoles publiques et le luxe des écoles privées, il y a la province et les grandes villes, les fonctionnaires et les libéraux, les jeunes et les vieux, les privilégiés et les opprimés. Et sans cesse, à longueur de journée, à longueur d’aigreur, on oppose, on appel au combat, à la hargne, à la gagne. On distribue la bonne note et on épingle des héros. Je n’ai pas cette force-là. Ce n’est pas du relativisme. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai palpité pour mes convictions, mais elles s’incarnent dans l’action bien plus que dans la hiérarchisation. Je n’ai pas d’autre choix que faire du mieux que je peux. Ce n’est pas exemplaire, ce n’est pas l’unique chemin, ça n’a pas d’autre ambition qu’être une modeste proposition. Je crois en la co-existence et en l’édification de passerelles. Je crois que c’est parce qu’on commence à petits pas qu’on devient modèle. Je crois au dialogue et à la pédagogie. Je crois qu’on est aussi cool que losers à différents moments de nos vies. Je crois qu’il y a des jours où l’on gagne et d’autres où l’on perd, que le vent tourne et lève les barrières. Je crois surtout qu’il ne sera jamais vain de répéter que le ciel s’éclaire lorsqu’on se tend la main. Je nous souhaite une journée d’heureuse cohabitation. #Bonjour

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