• Marie Robert

Ceci n’est pas une traduction.


Ceci n’est pas une traduction. Dans une de nos écoles, il y a un enfant qui s’appelle John. Il est espagnol. Il nous a rejoint l’année dernière en première année du cycle de maternelle. Pour l’instant, son français est encore rudimentaire. Pourtant, son désir d’expression est intense et refuse d’être limité par la maitrise d’un vocabulaire. Alors toute la journée il parle, il commente, il tente de dire ce qui l’intéresse, ce qui l’amuse, ce à quoi il tient. Le souci est que les enfants en face de lui ne le saisissent pas toujours. Ou du moins, pas comme il faut. Ils sont eux-mêmes pris dans les méandres d’autres langues. Alors l’envie laisse place à la compensation. Le besoin irrépressible de rentrer en contact avec l’autre, se transforme en gestes, en attitudes, en comportements. Il y a, par exemple, l’envie impérieuse de faire rire coûte que coûte, en jetant des marrons, en courant dans le couloir ou en outrepassant le cadre. Mille stratégies, pour satisfaire ce besoin d’être regardé, d’être entendu, d’être intégré, d’être aimé. De temps en temps, la compensation devient frustration. C’est l’insupportable dépit de ne pas recevoir ce qu’on attend, de ne pas être compris. La rondeur de ses joues se creuse, les larmes ou l’agressivité viennent combler ce manque d’altérité, ce sentiment d’isolement. Combien de fois dans notre vie avons-nous été semblables à John ? Combien de fois avons-nous agité nos corps, nos âmes, nos voix pour qu’enfin on pose un œil sur nous ? Pour qu’on nous donne quelques bribes de cette attention vitale, indispensable à notre confiance et à notre construction ? Et à l’inverse, quels sont ces individus que nous avons laissé à l’écart ? Bien sûr, on pourra toujours affirmer qu’il faut trouver en soi les clés de son propre apaisement. Certes. Mais je crois que c’est aussi dans le lien qu’on grandit. Alors peut-être, faut-il dépasser nos tactiques et nos frustrations pour exprimer du mieux qu’on peut, sans honte, ni pudeur, ce si singulier besoin. Soyons capables de le dire autant que de l’entendre. Je nous souhaite, ainsi qu’à mon si cher John, d’apprendre à dire « Regarde-moi » dans toutes les langues du coeur. #Bonjour#Matin#Morning

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