• Marie Robert

Ceci n’est pas une pendule.


Ceci n’est pas une pendule. « Dis donc, vu ton âge, il serait peut-être temps de faire un bébé non ? », « Si tu n’as pas le poste de tes rêves à 40 ans, c’est foutu, ta carrière est grillée », « Ton fils ne parle toujours pas à 18 mois ? Tu devrais consulter je pense », « A 15 ans, on ne peut pas avoir une histoire d’amour sérieuse », « 30 ans, c’est le bon moment pour se marier ! », « Faut qu’il y aille doucement, il a 70 ans quand même ». Je les collectionne ces perles. Je les enfile sur le long collier de mon exaspération. C’est drôle comme les gens, qu’ils soient proches de nous ou non, se sentent libres de commenter nos horloges. Ils établissent des calendriers, des plannings, des âges clés. Il s’agit d’identifier des paliers, d’établir des moments incontournables, des passages de vie à ne pas louper. Peut-être que nous aussi nous le faisons et que nous participons à ces commentaires. Peut-être au fond que cette gestion temporelle sert à nous rassurer, à nous motiver, à nous dominer. Elle nous engage à ne pas omettre les réalités biologiques, professionnelles et pragmatiques qui composent notre existence. C’est nécessaire. Mais c’est aussi incroyablement oppressant. Je n’ai jamais rien fait à l’heure dans ma vie. J’ai toujours été en retard ou en avance. J’ai eu des fulgurances et puis parfois, j’ai eu besoin d’un temps infini pour comprendre. J’ai 35 ans, je ne suis pas mariée, je n’ai pas d’enfants, je n’ai pas eu un parcours classique encore moins linéaire. C’est parfois très angoissant, mais je ne regrette rien, car je ne veux pas connaitre d’autre temps que le mien. Nous sommes les seuls maitres de nos horloges, et si nous forçons les choses, si nous cédons à des exigences qui ne sont pas les nôtres, c’est ainsi que nous nous perdons de vue, que nous nous désaxons. La vigilance et la conscience des années qui passent ne doivent pas être des freins. Il n’y a pas de meilleur moment que celui que nous reconnaissons, nous-mêmes, comme étant le bon. Il s’agit de « vivre à propos » dit Montaigne, c’est-à-dire, vivre en étant capables d’être présent ici et maintenant. Je vous souhaite d’avoir votre rythme dans la peau. #Bonjour

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