• Marie Robert

Ceci n’est pas une parole en l’air.


Hier, au détour d’un stand au marché, j’ai été interpellée par la voix tamisée d’un ado derrière son masque. Sans réelle colère, mais avec une évidente lassitude, il s’adressait à sa mère : « Non mais laisse-moi vivre ma vie… ». Un cliché courant. L’opposition classique d’un adolescent face à ce qu’il juge être un carcan parental. Un débat dont l’enjeu reposait sans doute sur une sortie, un nombre d’heures passées sur le téléphone portable ou une dissertation d’histoire à faire avant demain 8h30. Et pourtant au-delà de la tendre ironie que j’ai ressenti face à la scène, j’ai été troublée par l’expression qui, sortie de son contexte, prend une tournure métaphysique notable. Qu’est-ce que c’est que « vivre sa vie » ? Est-ce qu’une fois adulte nous la vivons ? Est-ce qu’en ce lundi matin nous sommes tous là où nous voulions être ? Ce n’est pas une question naïve, ni une espérance utopique, c’est un appel à s’arrêter un instant et à observer l’endroit où nous nous trouvons, et ce que ce constat provoque sur nous. Pourquoi, parfois, nous vivons des vies que nous ne souhaitons pas vivre ? Des vies si éloignées de nos désirs, de nos convictions, de nos valeurs, de nos besoins ? Est-ce par nécessité ? Par infortune ? Par peur ? Par lâcheté ? Par flemme ? Par injustice ? Si nous étions cet adolescent du marché, vers quel horizon s’engagerait notre détermination ? Que nous manque-t-il ce lundi pour que nous ayons la sensation de vivre « notre vie » ? Je vous souhaite une journée vierge de carcans.

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