• Marie Robert

Ceci n’est pas une pantoufle.


Ceci n’est pas une pantoufle. Hier, en parcourant un magazine, je tombe sur une étrange phrase : « J’emmerde Cendrillon ! ». Celle qui prononce ces mots semble agacée par cette image de jeune femme attendant qu’un Prince la sauve, et lui permette de dépasser son médiocre destin. On la comprend. Ainsi présentée, Cendrillon est effectivement un énième récit où le salut vient de l’homme et où la seule action consiste à se faire jolie pour aller au bal. Mais ne peut-on pas percevoir cette histoire autrement que selon Disney ? La première trace écrite de Cendrillon apparaît dans un manuscrit chinois vieux de trois mille ans. Pourquoi des contes si anciens nous parlent-ils encore autant ? Sans doute parce qu’il y a mille manières de les lire. C’est ainsi que l’auteur de théâtre, Joël Pommerat, propose une tout autre vision de Cendrillon. Plus que la jalousie ou l’exploitation, son chagrin réside dans la perte. Sa Cendrillon est une fillette traumatisée par la mort de sa mère. Elle pense avoir mal compris les derniers mots de celle-ci et se croit obligée de penser constamment à elle pour la maintenir en vie. Son aliénation n’est pas celle de la marâtre, mais une dévorante culpabilité. Au bal du Roi, elle rencontre un Prince rempli de doutes. Un Prince fragile, solitaire, bouleversé lui aussi par l'absence de sa mère, et qui donne en gage d'amitié à Cendrillon sa propre chaussure. Dans cette version, le sujet du conte devient celui du deuil d'un être aimé. Cette peine abyssale dont il faut apprendre à se libérer pour poursuivre son existence. Cendrillon se demande sans cesse, comment penser aux autres sans s’oublier ? Comment continuer à vivre malgré la peine ? Loin d’être spectatrice sa Cendrillon traverse ses émotions et tente de s’accepter. Peut-être qu’au lieu de balancer nos contes, il est simplement temps de revoir les interprétations qu’on leur donne. Ainsi va la vie et la littérature, qui nous soumettent toujours au mouvement. Chaque jour relire et s’ajuster. Pour chaque jour un peu plus se ressembler et apprendre à s’aimer. Voilà peut-être la véritable féérie à viser. Je vous souhaite de trouver votre Cendrillon. #Bonjour

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