• Marie Robert

Ceci n’est pas une obligation



Il y a cette expression, qui depuis plusieurs jours, ne cesse de surgir dans mes pensées : « il faut lâcher-prise ». Ultime injonction contemporaine après celle, tout aussi nébuleuse, qui engage à être « soi-même ». Qu’est-ce que cela signifie ? Est-ce être capable d’éclater en sanglots ? Cesser de vouloir tout contrôler ? Rester stoïque face à la complexité de l’existence et à ces aléas ? Faire confiance à l’univers qui ne nous veut que du bien ? Ne pas se soucier de son ado qui n’a pas compris que le bac était dans 5 mois ? Qu’imposent ces deux termes dans une société où la détermination est tout aussi louée que l’abandon ? Sans doute que la signification du « lâcher-prise » diffère pour chacun d’entre nous. Car cette prise, je crois, n’est rien d’autre que la somme de nos peurs, de nos angoisses les plus profondes, les plus existentielles, les plus arides, les plus douloureuses. Pour y faire face et pour survivre, on les déplace, on construit des stratégies, plus ou moins adroites qui ont l’immense mérite de nous offrir quelques respirations. On ne lâche pas prise pour ne pas tomber dans le vide. Alors plutôt que de se soumettre à une énième injonction paradoxale, plutôt que de s’en vouloir parce qu’on ne parvient pas à « lâcher », peut-être faut-il à l’inverse, oser regarder nos craintes, en comprendre l’essence, être en mesure de saisir ce qu’elles ont à nous dire. Observer cette raideur, cette cible qui résiste et refuse. C’est la démarche d’Angelo Foley dans ces stages qui propose de cheminer au cœur de la peur. C’est aussi celle des sportifs et de Claireyogaparis, qui dans ses cours, cerne le point de tension bien plus que celui de relâchement. Car peut-être qu’en tenant très fort cette prise, en la saisissant à pleine main, en s’y agrippant consciemment, on finira finalement par la lâcher. Mais cela n’a rien d’une obligation, c’est un voyage au cœur de notre intimité. Une analyse de ce qui juste pour nous. L’enjeu est de lâcher l’injonction pour gagner en liberté. Je vous souhaite une journée qui vous ressemble.

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