• Marie Robert

Ceci n’est pas une montre.



Vérifié

Ceci n’est pas une montre. « Je n’ai pas le temps ». Combien de fois l’avons-nous formulé cette semaine ? Combien de fois avons-nous été asphyxiés par la liste de choses à faire ? Pour beaucoup, le professionnel nous soumet à une pression constante, justifiée par une foule de raisons plus ou moins légitimes, l’envie d’être consciencieux, l’urgence de nos missions, la chance d’avoir un emploi, l’habitude de la performance, l’exigence d’une hiérarchie, etc. Qu’importe la source, les conséquences sont identiques. On ressort nos ordinateurs après le diner, on se lève en répondant à des textos, on panique à l’idée de ne pas « boucler », et surtout, on néglige peu à peu ce qui auparavant nous semblait indispensable. On dort moins, on lit moins, on regarde moins, et in fine, on pense moins. La vitesse prend possession de nos esprits, elle colonise nos cellules jusqu’à leur imposer une cadence intenable. Et dans l’intimité comme dans l’éducation des enfants, la mélodie est la même. Le loisir et la transmission sont soumis aux lois de la productivité. Pour exemple, l’une des questions qu’on me pose le plus souvent dans nos écoles concerne l’âge à laquelle les élèves sauront lire, oubliant peut-être un peu trop souvent que les plus solides apprentissages reposent sur une lente infusion. Mon constat n’est pas un jugement, je fais partie de ceux qui ne s’arrêtent jamais. Ce monde nécessite tant d’ajustements que tout repos me semble être une trahison envers l’avenir. Et pourtant quelque chose m’interroge : après quoi court-on réellement ? Pourquoi voulons-nous finir plus vite ? Pourquoi voulons-nous faire ou savoir plus vite ? Qu’est-ce que fondamentalement ça change ? Hier, je discutais avec une italienne, qui disait que quoiqu’il arrive elle passait quinze minutes chaque matin à préparer son café, laissant la substance remonter doucement dans la cafetière. En l’écoutant, je me suis dit que toutes les choses précieuses dans nos vies étaient arrivées car on avait pris le temps de les laisser éclore. « Chi va piano, va sano, va lontano » dit le proverbe. « Qui va doucement, va sainement et va loin ». Je vous souhaite une journée sans horaires. #Bonjour


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