• Marie Robert

Ceci n’est pas une météo fiable.


« Ah bah tu vas voir, tu vas être claquée ! », « Non, mais moi, ça a été extraordinaire », « Oh là, c’est l’enfer, je te préviens ». Toute la journée, des phrases anodines, comme autant de prophéties qui viennent se faufiler dans notre esprit. Des conseils, qui sous couvert de bienveillance, nous contraignent à une anticipation forcée, à une projection anxieuse d’un « à venir » qui nous échappe. On se met tout à coup à réfléchir à des problématiques qui n’étaient pourtant pas les nôtres, à redouter des étapes qui ne nous effrayaient pas et à investir des angoisses jusqu’alors étrangères. Le couple, le travail, la grossesse, la retraite, l’entreprenariat, les déménagements, l’arrêt de la cigarette…etc. Chaque épisode de notre vie peut devenir un objet public, commenté et surtout, préempté par les autres, par ceux qui savent, par ces individus qui font de leur modèle un vécu unique et qui érigent leur perception comme une ultime réalité. Quelle singulière approche. Ça ne veut pas dire qu’il faille se dispenser de toute réflexion, ni que le témoignage soit un espace dénué de sens, mais cela suppose qu’on ne peut jamais réduire les autres à notre seule expérience. La teneur émotionnelle qui compose les moments clés de notre existence ne dépend pas de faits objectifs. Elle se fonde sur une somme d’évènements intimes, dont l’agencement est strictement individuel. Notre passé, nos liens familiaux, notre métabolisme, nos sensations, se structurent d’une façon qui n’est pas celle d’autrui, même si celui-ci nous est infiniment proche. Nous ne sommes pas notre sœur, notre mère, nos cousins, nos copains. Nous sommes. Et pour le meilleur comme pour le pire, nous faisons. Nous allons de tentatives en tentatives, jonglant avec notre conscience et avec tout ce qui nous échappe. Dès lors, rappelons-nous que les angoisses des uns ne sont pas nécessairement celles des autres et évitons de devenir partenaire de leurs symptômes. Les nôtres sont déjà bien suffisants. Aux certitudes figées, répondons par l’étrangeté du vivant. « J'aime les gens qui doutent. Les gens qui trop écoutent. Leur cœur se balancer ». Je vous souhaite une journée rien qu’à vous.

0 vue0 commentaire

Posts récents

Voir tout

©2020 par Philosophy is sexy.