• Marie Robert

Ceci n’est pas une malédiction.


Ceci n’est pas une malédiction. C’est quand même fou le temps qu’on passe à se sentir coupable. A être enseveli sous l’idée qu’on n’a pas fait, trop fait, mal fait. La culpabilité nous oppresse, longtemps après nos actes, elle ressurgit parfois bien des années plus tard, elle nous obsède, nous empêche, tourne autour de nous et pose un voile sur notre regard. On revit cent fois la scène. C’est parfois si anodin qu’on a du mal à comprendre pourquoi on se morfond autant. C’est parfois si grave qu’on l’enterre profondément, oubliant que quelqu’un finit toujours par creuser. Le psychologue américain Jonathan Haidt définit la culpabilité comme une émotion auto-consciente, le genre d’émotions qui nous permet de réguler nos actions, d’en saisir les conséquences. Elle prend racine dans l’embarras ou dans la honte, et rampe dans les méandres de notre esprit, jusqu’à devenir conscience de notre faute. Il y a quelque chose de précieux dans la reconnaissance de nos crimes, aussi mineurs soient-ils. Qu’il s’agisse d’un petit mensonge, d’une parole inappropriée ou d’un fait grave, la culpabilité nous prive d’oubli. Au fond, je crois qu’elle n’est pertinente qu’en vertu de ce qu’on en tire. Sinon, elle risque de devenir aussi vaine que nocive. Car que faire de cette culpabilité une fois qu’on l’a ressenti ? La plupart d’entre nous demandent à en être libérés, mais comment ? Peut-être en parlant avec ceux que nous avons blessés, peut-être en affrontant le regard de celui que nous avons abîmé, ou peut-être simplement, en conversant avec nous-mêmes, sans complaisance. Parfois, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de crime, que les événements n’avaient pas d’autres choix que d’être, et d’autres fois, on mesure avec effroi la gravité de nos gestes. Ça n’excuse pas, mais cela ouvre à la possibilité d’une réparation, des autres, ou de nous-mêmes. Et comme le dit si justement Ricœur, l’homme n’est pas par essence coupable, mais « faillible ». Il peut répandre le mal ou non. À nous de rester relié à nos émotions et de savoir transformer notre obscurité en lumière, notre culpabilité en pardon. Je vous souhaite une journée de paix. #Bonjour

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