• Marie Robert

Ceci n’est pas une malédiction.


Ceci n’est pas une malédiction. Il y a cette chanson de Benjamin Biolay que j’aime tant : « Si tu pries quand la nuit tombe, Mon enfant, mon enfant, Si tu ne fleuris pas les tombes, Mais chéris les absents, Si tu as peur de la bombe, Et du ciel trop grand, Si tu parles à ton ombre, De temps en temps ». Evidemment elle est encore plus bouleversante, écoutée sur la route un soir d’automne, mais hier, alors que le soleil était encore à son zénith, j’ai soudain été happée par une curieuse émotion, par ce frisson singulier, celui d’une crise sourde, qui provoque un élan de tristesse dont les raisons sont difficilement cernables. C’est alors que je me suis posée une question : pourquoi certains d’entre nous sont plus propices que d’autres à la mélancolie ? Ceux qui ne l’ont jamais ressenti resteront sans doute à distance de cette vague qui, sans prévenir, conquiert l’âme. Le terme « mélancolie » vient du grec « melas » et « khole », signifiant littéralement, « bile noire », on comprend aisément pourquoi ces troubles de l’humeur n’ont pas franchement été valorisés au cours de l’histoire. Le mélancolique serait celui qui ne sait pas jouir du miracle de l’existence. Et pourtant n’est-ce que cela ? Certes, d’aussi loin que je m’en souvienne j’ai voulu me débarrasser de cette brume, de ce goût du dimanche soir qui peut nous attaquer sans prévenir un mercredi. La mélancolie est ennuyeuse, elle est, comme le dit Victor Hugo, « ce bonheur d’être triste » qui nous conduit parfois au bord du précipice. Mais sans complaisance, j’ai la conviction qu’elle est aussi une forme de délicatesse fiévreuse. La mélancolie, lorsqu’elle est accueillie, permet de « traverser », elle est précisément ce passage d’un état à l’autre, d’un temps ancien à un temps nouveau. Elle s’arrête sur ce qui, habituellement, se consomme. Et voilà pourquoi elle est souvent le terreau d’une certaine forme de créativité : parce qu’elle est une inquiétude. Et être inquiet, c’est encore une manière de ne pas s’en foutre. Nous sommes inquiets parce que « cela compte » et cela je crois, mérite la plus douce des valorisations. Je vous souhaite une bande-son qui vous laisse des frissons. #Bonjour

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