• Marie Robert

Ceci n’est pas une ligne d’arrivée.


Les yeux qui piquent. L’esprit un peu las. Le corps qui puise dans d’illusoires réserves. Pour beaucoup d’entre nous, ces deux dernières semaines ont été le réceptacle d’émotions confuses. Joie d’un retour timide à la vie, craintes et agacements, effervescence d’un temps qu’il faudrait rattraper, reprise d’une cadence absurde, peur de décevoir. Pendant que l’esprit s’agite et se confronte à nos contradictions, le corps se cabre. On ne parle guère de la fatigue en philosophie, parce qu'elle est banale. Aussi banale qu’universelle. Tout le monde est fatigué, à certains moments de l’année, de la semaine, de la journée. La fatigue est un point de convergence dans cette existence de travail où même l’oisiveté semble subir l’accélération. Les espaces de prétendu repos n’en sont pas épargnées. Fatigare, en latin veut dire littéralement : « faire crever un animal ». Cette idée pourrait avoir son origine dans des contextes sacrificiels. Etre fatigué, devient alors « être sacrifié ». Il y aurait beaucoup à dire sur l’apparente infatigabilité qu’on s’impose. Comme si être puissant, c’était être doté du pouvoir de fatiguer et non d'être fatigué. Une course sans fin. Mais peut-être qu’avant de rentrer s’infliger ce tourbillon, il est justement l’heure d’accepter notre louable impuissance. Accepter d’être un animal sacrifié sur l’autel d’un rythme éreintant. Alors pendant quelques instants, espérons, volons des minutes aux contraintes… Que les stimulations cessent. Que la lumière baisse. Qu’il n’y ait plus de bruit. Qu’il y ait moins de mouvement. Qu’il ne soit plus nécessaire de faire, d’agir. Ne plus devoir, ne plus avoir à, ne plus répondre de, ou répondre à. Que les yeux se ferment encore un peu, que l’on puisse plonger dans cet autre monde, pas forcément celui du sommeil, mais celui de la douceur. Je vous souhaite une journée aussi paisible que vous l’est permis.

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