• Marie Robert

Ceci n’est pas une intention.


Ceci n’est pas une intention. « Mais enfin, il faut lâcher prise ! ». Combien de fois par jour, par semaine, par mois, entendons-nous cette expression ? Combien de fois, terrassé par l’angoisse et le stress, nous l’a-t-on répété sur le ton de l’évidence ? Originaire d’Inde, et réapparu en Occident à partir des années 70, le « lâcher-prise » s’affiche comme un sésame capable de remettre de l’air dans nos vies asphyxiées. Le concept renvoi à l’idée d’un nécessaire abandon. Il serait la clé du relâchement physique et mental, permettant de se délester de nos certitudes, de nos convictions, de toutes ces choses qui nous encombrent. L’intention est louable, et semble même être l’incarnation du bon sens, car finalement, accepter de ne pas tout contrôler, apprendre à déléguer, arrêter de ruminer et considérer que l’existence fait bien les choses, sont sans doute les stratégies les plus pertinentes pour traverser les jours. Pourtant, quelque chose vient assombrir ce tableau idyllique, c’est que recevoir cette injonction au « lâcher-prise » provoque souvent encore plus de désarroi et d’anxiété dans nos esprits déjà bouleversés. Le mécanisme est assez semblable avec « ne t’énerves pas » ou « dors, on se lève tôt demain », l’intention vient empêcher l’abandon. Le fait de vouloir ce genre d’états les rend hors d’attente. On se contorsionne. On s’agite. On rend artificiel chacun de nos gestes. On culpabilise de notre colère, on maudit notre faible, nos insomnies, notre mauvais caractère, et on obtient l’effet inverse de celui attendu. Au lieu de lâcher prise, on s’en veut et on s’acharne à être autre. Mais comme le rappelle si bien R. Graziani dans son texte « L’usage du vide », peut-être que les grandes joies de la vie ne se déclarent qu’à ceux qui se fixent des idéaux tout autres et éprouvent le bonheur authentique « en passant », comme le sommeil survient au moment où l’on ne s’y attend pas. Vivons nos drames et nos énervements. Vivons nos errances et nos erreurs. Vivons nos défauts et nos incohérences. Vivons du mieux que nous pouvons. A défaut du lâcher-prise, je vous souhaite le laisser-venir. #Bonjour

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