• Marie Robert

Ceci n’est pas une horloge.


Ceci n’est pas une horloge. C’est toujours passionnant d’observer l’instant où s'arrête quelque chose qu’on faisait tout le temps. Un matin, on se lève et c’est terminé. On le sait. On ne reviendra plus en arrière. Le geste peut paraître soudain, et pourtant, il est le fruit d’un long processus, d’une intense réflexion souterraine, d’une maturation qui opère à l’intérieur de nous, et qui, en prenant du temps, gagne en densité. Ce n’est pas un déclic, c’est un cheminement, parfois solitaire, indicible, inavouable, parfois accompagné par des individus capables de tenir notre main autant qu’une juste distance. Un matin, on se lève, et on a la force suffisante pour affronter la fin. La fin d’une histoire, d’une amitié, de la cigarette, d’un couple, d’un travail, d’une addiction, d’une souffrance, d’un toc, d’un lieu, d’une habitude. Ça n’empêche pas les émotions en vrac, la nostalgie, les peurs, les tremblements, mais on peut le faire, parce qu’enfin, on est prêt. Parce qu’on a respecté autre chose qu’une injonction, qu’une morale, qu’un ordre, qu’un conseil, on a respecté notre temporalité. Celle intime, qui ne peut se laisser enfermer par aucun calendrier. Alors on pourra rétorquer que tout de même, il faut s’adapter à la société, au rythme biologique, au rythme du travail, à ce temps scientifique et normé, c’est juste. Mais j’ai la conviction que tout ce qui est forcé, que tout ce qui est un arrachement imposé, crée plus de dommages que d’avancées. Il n’y a pas de bons moments pour arrêter la tétine, pas de bons moments pour apprendre à lire, pas de bons moments pour se mettre en couple ou pour avoir des enfants, pas de bons moments pour construire sa carrière, pas de bons moments pour arrêter d’exercer. Il n’y a que nos moments. Les fruits d’un processus qui jaillit et dévoile son sens. Et plus nous en serons convaincus et moins nous nous mettrons la pression pour une absurde rapidité, plus nos sociétés seront en mesure d’évoluer. A la fin, il y a un cercueil et ses odieuses impossibilités, en attendant, il n’y a pas d’autres urgences que celles que nous faisons nôtres. Je vous souhaite d’arrêter ou de commencer quand vous le voudrez. #Bonjour

47 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout