• Marie Robert

Ceci n’est pas une honte.


Vérifié

Ceci n’est pas une honte. Il y a ce moment gênant où tout le monde nous regarde autour de la table et où l’on se sent franchement stupide. On a essayé d’être brillant, mais la tentative a échoué. Au lieu de ça, on s’est lancé dans une blague qui a duré beaucoup trop longtemps, et qu’en plus, il a été nécessaire d’expliquer. L’esprit s’est embrumé, les mots se sont bousculés, et on a l’impression d’être minable, en tête-à-tête avec notre embarras. Combien de fois ce type de scène nous est arrivé ? Combien de fois avons-nous eu l’impression de nous liquéfier ? De ne pas être à la hauteur, et d’avoir pour seule envie, celle de nous faufiler discrètement ? Chez les Dousouns, en Indonésie, il existe un terme pour décrire cette émotion singulière, on appelle cela « malu ». Le mot désigne ce moment où l’on se sent inférieur face à quelqu’un qu’on estime, qu’il s’agisse d’un collègue, d’un amoureux ou d’un ami. « Malu », c’est précisément ce qu’on éprouve quand on se retrouve mutique face à quelqu’un qu’on aime ou transpirant dans un entretien d’embauche qui compte pour nous. Mais plutôt qu’être une honte, méritant qu’on se cache sous notre table ou que l’on se déteste pour quelques heures, chez les Indonésiens, c’est une réaction valorisée et considérée comme une preuve de respect, l’expression d’une considération qu’on accorde à autrui. L’embarras devient donc une marque d’attention et de déférence. Il y a même une petite plante dont les Indonésiens pensent qu’elle montre une tendance de « malu », c’est le « mimosa pudique », communément appelé le « putri malu » dont les feuilles se rétractent lorsqu’on les touche. Comme pour le remerciement, « malu » est une forme d’habitude dans la vie sociale. Il ne s’agit pas de la surjouée, de feindre hypocritement son embarras, mais bien d’accepter qu’il y ait, dans les liens sociaux, des enjeux qui parfois nous dépassent et nous intimident. Donner des mots aux méandres de notre vie émotionnelle est une manière de la vivre avec un peu plus de douceur. Alors à la prochaine blague ratée, pensons à l’honneur que l’on fait à nos convives. Je vous souhaite de soigner votre timidité. #Bonjour

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