• Marie Robert

Ceci n’est pas une honte.


Ceci n’est pas une honte. Cette semaine, j’ai eu la chance d’animer un atelier d’écriture. C’est un bien grand mot, car au fond, comme ici, mes mots ne sont que de petits cailloux dont le panache ne tient qu’aux ricochets osés par les participants. Dans cet atelier donc, une participante a soulevé la question de la vulnérabilité, et le fait qu’au fond, on avait toujours une appréhension à dire ce qui nous ronge. En l’écoutant, je me suis demandée si nos mondes d’images n'ajoutent pas à cette crainte. Il faut connaître les gens intimement pour lire leurs cernes. Il faut une délicatesse infinie pour cerner ce qui se dissimule derrière un sourire. C’est si simple de donner le change, si simple d’habiller sa détresse. A l’inverse, la vulnérabilité est un état complexe, qui se tisse dans des paroles confuses, dans des faits épars, dans des inquiétudes obsédantes, qu’on ne parvient pas toujours à formuler. Par où commencer sans être indécent ? Sans se sentir coupable, impudique, pénible ou inapproprié ? Comment traduire un tourment décourageant, une discussion en suspens, un message qui n’est pas venu, une lassitude au creux du cœur, une douleur dans le corps… ? Vastes et multiples sont les causes qui alourdissent nos épaules. Et qu’importe la source, le poids est identique. Le terme de « vulnérabilité » vient du latin vulnus qui signifie « blessure ». Nous sommes à cet instant des animaux blessés, mis à terre et il est rare de pouvoir se soigner seul. La vulnérabilité définit un des éléments majeurs de notre condition humaine. Chacun d’entre nous dépend des autres physiquement et psychiquement. Pour nous développer, nous avons besoin de soin, d’affection, d’aide, d’encouragements, de reconnaissance. Mais si nous attendons de l’Autre qu’il prenne la mesure de son rôle, encore faut-il être capable de lui montrer ce frémissement, de dire cet éreintement de l’âme, sans redouter qu’il devienne l’objet d’une domination à venir. Cesser d’y voir une honte ou une défaite. La fuir est se contraindre à être encore plus abimé. L’exprimer est l'issue pour la dépasser. Je vous souhaite une journée où les blessures dépassent les images et se soignent à la force du lien. #Bonjour

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