• Marie Robert

Ceci n’est pas une honte.


« Même pas mal ». Trois mots pour dire son orgueil. S’enduire d’une illusion protectrice. Ou nier ce qui nous déchire. Il nous est tous arrivé, à différents moments de notre vie, de feindre la sérénité et l’indifférence alors même que notre corps ne pouvait plus tenir debout et que notre cœur ne faisait que chavirer. Pourquoi s’abriter derrière cette armure ? Que se passe-t-il lorsque nous ôtons notre voile de protection ? Et si nous apprenions à percevoir notre douleur autrement que comme une faiblesse impudique ? Pour le sociologue, David La breton, « quand la douleur frappe, elle ne se cantonne pas à un fragment du corps ou à un trajet nerveux : elle marque un individu et déborde sur son rapport au monde et ne peut se concevoir sans retentissement moral ». La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle, un séisme de perceptions, mais c’est en lui donnant du sens qu’elle devient souffrance, qu’elle atteint notre intimité, notre histoire, nos souvenirs. La taire, la nier, la mettre de côté, c’est s’empêcher de lui conférer la signification qui nous permettra d’avancer, de construire, et d’adopter des comportements de préservation. La douleur n'est pas un fait physiologique, elle est un fait d'existence, une subjectivité qui demande à respecter. Ce n'est pas le corps qui souffre mais l'individu en son entier. La douleur montre combien la réalité du corps renvoie à des significations inconscientes, sociales, culturelles et individuelles. Alors peut-être qu’au lieu d’afficher une bravoure illusoire, nous pouvons faire preuve de courage en exprimant nos douleurs. Ça pique, ça brûle, ça fend en deux, ça obsède, ça détruit. Les mots sont un chemin vers la reconnaissance. La voie qui nous permet de ne pas nous effacer, de ne pas dissoudre notre identité sous le poids de la souffrance, et peut-être alors de la dépasser. Je vous souhaite une journée où vous êtes entendu.

4 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout