• Marie Robert

Ceci n’est pas une gifle.


Ceci n’est pas une gifle. Depuis mes trois ans, j’ai une tâche brune qui occupe tout mon avant-bras droit. C’est anodin et banal, et pourtant, comme tous les stigmates que nous portons, cette légère particularité suscite des réactions qu’il faut apprendre à recevoir. Est-ce une brûlure ? Est-ce de naissance ? Est-ce une maladie ? Est-ce ailleurs sur le corps ? Il y a ceux qui contemplent sans oser demander, et ceux comme, les enfants, qui m’interrogent sur ce que ça représente. Cependant, le plus intéressant ici, n’est pas l’histoire de ma tâche, c’est qu’elle m’a rendu sensible aux récits que portent nos peaux. Avant la naissance, dans l’utérus, nous entendons par la peau, elle est le vecteur des vibrations extérieures. En grandissant, elle continue de relayer nos oreilles. On frissonne à l’écoute de certaines voix ou l’on tremble en entendant un son qui nous effraye. Plus généralement, la peau est ce qui nous relie au monde. Cette fine pellicule est le dernier rempart entre nous et la société. C’est le territoire des baisers, de la douceur, de l’érotisme, de la tendresse. L’empire de nos sens. Mais cet épiderme tendu vers l’extérieur, est aussi le lieu d’infinies frictions, une surface politique qui impose des luttes, implique des comportements d’humiliations et de dominations. C’est le lieu du rapport par excellence, rapport de force ou de désir, réceptacle de nos caresses et de nos inacceptables violences. Je ne sais pas pourquoi cette idée me bouleverse tant. Peut-être parce que considérer la peau, s’attarder un instant sur elle, c’est comprendre son importance, c’est se questionner sur la manière dont on touche les gens qui nous entourent. Avec quelle intention ? Quelle intensité ? Quel consentement ? Qu’est-ce que c’est que de prendre quelqu’un dans ses bras ? De sentir l’odeur de ses cheveux, de son cou, du parfum dans l’écharpe ? Cette pression du corps et des mains agrippant les omoplates ? A qui laissons-nous notre peau ? Et qui la sauve ? Qu’est-ce que se mettre dans la peau de quelqu’un. Je vous souhaite une journée d’embrasser très fort l’humanité et d’aimer vos tâches. #Bonjour Credit : Maeva Giani Marshall.

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