• Marie Robert

Ceci n’est pas une fin.


Ceci n’est pas une fin. D’aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours eu une étrange satisfaction en voyant les bogues de marrons le long des trottoirs et dans la cour de l’école. C’est une forme de reconnaissance, un repère, une invitation des arbres à prendre la mesure d’un temps nouveau, à réaliser l’ouverture d’un autre espace. Les bogues sont le symbole d’un passage, d’une avancée vers l’hiver, et cette idée me réjouit. Pourtant, c’est étrange, combien de fois percevons-nous l’automne comme un renoncement ? Un adieu à la lumière, aux terrasses, aux promesses de l’été, à l’effervescence du printemps... Et si c’était au contraire, le lieu de la transformation ? Celui des coulisses ? L’endroit où tout se passe, où tout se joue ? Un hommage à l’intériorité et à l’écoute. Un retour à la terre, à l’humus. L’automne répond à l’arrogance estivale par un ancrage. Alors laissons tomber nos résistances. Ayons confiance, et suivons la mise en scène. La pluie, l’air vif et le soleil équivoque, sont autant de rituels qui nous préparent à la suite, qui nous imposent un ralentissement, un temps où la réalité se distant pour laisser place à l’imaginaire. Légendes d’automne. Règne de l’implicite. Il faut peut-être apprendre à lire la nature qui se cabre, apprendre à naviguer en nous-mêmes plutôt que de consommer les jours. L’automne est une incitation à l’intimité et à l’intensité qu’elle suppose. Je pense souvent à ces mots de Diderot, en 1767 : « Les idées que les ruines réveillent en moi sont grandes. Tout s’anéantit, tout petit, tout passe. Il n’y a que le monde qui reste. Il n’y a que le temps qui dure. Je marche entre deux éternités. De quelque part que je jette les yeux, les objets qui m’entourent m’annoncent une fin, et me résignent à celle qui m’attend. Qu’est-ce que mon existence éphémère, en comparaison de ce rocher qui s’affaisse, de ce vallon qui se creuse, de cette forêt qui chancelle, de ces masses suspendues au-dessus de ma tête, et qui s’ébranlent ? ». L’idée n’est pas triste, au contraire, c’est un appel à l’émerveillement, un appel à savourer le présent. Je vous souhaite une journée de feuilles dorées qui valsent dans le vent. #Bonjour@vickydaze

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