• Marie Robert

Ceci n’est pas une fatalité.


Ceci n’est pas une fatalité. Vous avez remarqué à quel point il y a quelque chose de salvateur à l’idée d’identifier un bouc émissaire ? Qu’on soit en cour de récréation ou au travail, en famille ou en société, on ressent un sentiment de soulagement face à la perspective d’avoir identifié un coupable. Comme si une fois désigné, nous étions enfin préservés de notre propre culpabilité. C’est tellement pratique que l’autre commette des crimes pour mieux dissimuler les nôtres. Il y a une théorie que j’aime beaucoup, c’est la théorie du désir de René Girard. Il explique que nos désirs viennent rarement de nous et que souvent nous imitons ceux des autres. Lorsque nous étions petits, les jouets les plus désirables étaient ceux qui se trouvaient dans les mains des autres enfants. Et le processus est resté le même une fois devenu adulte. Girard explique que tout sujet a besoin d’un modèle pour savoir « quoi » désirer. Cela signifie que le désir « d’avoir », telle vie, tel poste, telle distinction, tel corps, etc., est en vérité un désir « d’être » l’autre. Sauf qu’à force de regarder l’autre, les autres, on passe de l’admiration à l’envie, et même à la colère. L’imitation finit par produire de la violence. La rivalité, nous conduit à idéaliser celui auquel il s'identifie, et donc à amoindrir notre valeur personnelle, d'où la tentation, pour parer à nos propres insuffisances, de retourner notre colère contre la personne dont on a mimé le désir. Comme on s’en veut de vouloir lui ressembler, on préfère la haïr. Et c’est ainsi qu’à force d’imitation, une grande violence, toujours prête à exploser, circule à l'intérieur de la société. Mais Girard va plus loin encore, il explique que pour se débarrasser de cette violence, le « tous contre tous » se transforme en « tous contre un ». En somme, pour se décharger, tout le groupe désigne un bouc émissaire, en rejetant ainsi vers l'extérieur sa propre violence interne. Mais peut-être qu’il est temps de regarder nos pulsions en face. En cessant de vouloir être les autres, on laisse nos singularités triompher, et les boucs peuvent continuer à gambader. Je vous souhaite d’avoir des désirs qui n’appartiennent qu’à vous. #Bonjour

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