• Marie Robert

Ceci n’est pas une fatalité.


Ceci n’est pas une fatalité. L’autre jour au-dessus des boîtes aux lettres, j’ai vu un paquet en carton blanc qui, sur le côté gauche, était complètement arraché. Le coin était éventré et on voyait une feuille de papier de soie dépasser légèrement. Ce n’était clairement pas un emballage de marque, c’était un joli petit paquet très appliqué. Cette perspective m’a rendu triste. Vraiment triste. J’admets qu’il faut un degré de sensibilité élevé pour être bouleversée par du carton déchiré par inadvertance. Cependant, ce qui m’a touché, c’est d’imaginer l’individu derrière cet envoi, celui ayant soigneusement écrit l’adresse et ayant mis les encoches au bon endroit. J’ai pensé qu’il n’aimerait pas cette scène, et surtout, j’ai réalisé qu’une des choses que je détestais le plus, c’était qu’on abîme. En classe de maternelle, j’avais un herbier et ma grande fierté était d’avoir réussi à sécher une rose rouge. Un jour je l’ai montré à un autre enfant, qui l’a saisi et l’a déchiré. Cette expérience de la cruauté a été fondatrice. Il y a quelque chose de trivial et sans doute ridicule dans mes exemples, et pourtant, ils sont représentatifs de cette tension ordinaire. Combien de temps passons-nous à abîmer ce que nous avons autour de nous ? Les choses qu’on casse, qu’on brise, qu’on use, parce qu’on a la tête ailleurs, parce qu’on renonce à en prendre soin, parce qu’on préfère racheter qu’entretenir ? Combien de temps passons-nous à abîmer la terre et le vivant ? Combien de temps passons-nous à abîmer nos relations ? Parce qu’on les néglige, parce qu’on les oublie, parce qu’on les nimbe de silence, d’insultes ou de mépris ? Et surtout, combien de temps passons-nous à nous abîmer nous ? A maltraiter notre corps, par manque de sommeil, de considération, de nutriments, de caresses, d’envies ? Ces questions je me les pose, car tous, parfois même sans s’en apercevoir, nous abimons. Chaque jour nous participons, individuellement et collectivement, à ces multiples détériorations. Alors aujourd’hui, je nous souhaite naïvement de devenir des réparateurs et de mettre tout le soin du monde dans nos petits paquets blancs. #Bonjour Credit : @vickydaze

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