• Marie Robert

Ceci n’est pas une fanfare.


Ceci n’est pas une fanfare. Ce matin, j’ai pensé à tous ceux pour qui entamer une conversation relève de l’épreuve. Ceux qui frottent leurs paumes contre leurs pantalons par peur panique de parler. Ceux soulagés que l’interlocuteur s’en aille. Ceux que le groupe oppressent. Ceux qui se sentent idiots lorsque les blancs surgissent. Ceux qui s’en veulent de ce qu’ils ont dit. Ceux à qui il faut du temps pour formuler des idées. Ceux qui ne parviennent pas à rebondir. Ceux qui admirent les diatribes et les forts en verbe. Ceux qui redoutent les cercles de présentations. Ceux qui rougissent avant chaque murmure. Ceux qui loupent des entretiens parce que l’espace de parole glisse sous leurs pieds. Ce matin donc, j’ai pensé aux timides. A cette étrange poésie contrariée. A ces stigmates d’adolescence qui deviennent violence dans une société où il faut être et paraître à n’importe quel prix. J’ai pensé à leurs chuchotements et à leurs maladresses, aux procès d’impolitesse qu’on pourrait parfois leur faire, à leurs yeux rivés sur le sol même quand c’est l’autre qu’ils rêvent de fixer. Est-ce que nous sommes tous timides à certains instants ? Est-ce une question de degré, de personnalité, de contexte ? Est-ce une appréciation de l’autre ou un jugement que l’on émet sur soi ? Est-ce une inhibition qui s’exhibe ? Est-ce un repli, un empêchement, une élégance ? Il y a peu de temps, j’ai lu les « Confessions d’un timide » de Philippe Vilain, il y écrit ces quelques mots : « Faire l’éloge du timide, ce n’est pas faire l’éloge du silence, mais celui de la parole, au contraire, d’une parole meurtrie, d’un dire bruissant qui n’a pas trouvé sa voix. Tout timide est un parleur qui ne se nomme ni ne se dit ». En les parcourant, j’ai ressenti une tendresse infinie pour tous ceux qui ici, ne sont pas parvenus à se frayer un chemin. Sans faux semblant, je crois que leur timidité est un levier, une invitation à contempler, à utiliser un autre langage, à observer de plus près, comme si nous étions dans le brouillard. A nous taire enfin pour laisser planer nos indicibles. Je vous souhaite de faire une discrète haie d’honneur à nos timides adorés. #Bonjour @keanureevesofflcial_

57 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout