• Marie Robert

Ceci n’est pas une dinde.


Vérifié

Ceci n’est pas une dinde. J’ai lu avant-hier qu’un des plus grands sujets de tensions le soir de Noël, n’était pas la politique, ni l’éducation, ni même les mœurs des uns ou des autres, mais bien le repas. La composition de l’assiette de réveillon autant que sa préparation, semblent mobiliser des données si complexes que cela réveille d’intenses conflits. Les dilemmes se succèdent, créant d’épineuses zones de négociations où chacun tente d’assoir sa vérité. Qui prépare et qui reçoit ? Qui finance ? Faut-il varier les plaisirs ou respecter les traditions ? Faut-il honorer l’exceptionnel ou privilégier une juste sobriété ? Doit-on tenir compte du régime alimentaire de notre cousine ou penser à la gourmandise de notre oncle ? Met-on les petits plats dans les grands ou s’autorise-t-on la détente ? Le sujet peut sembler trivial, des polémiques stériles pour privilégiés qui ne sont pas seuls et qui ont la chance de se préoccuper de ce qu’est la fête. En outre, il existe bien sûr, des familles, et j’en fait partie, où la joie d’être ensemble est une évidence bien plus sacrée que n’importe quelle bûche glacée. Pour autant, si le sujet m’interpelle c’est parce qu’il est, je crois, plus profond qu’il n’y parait. Ce que l’on mange est une extension de notre identité. On « fait » famille en se réunissant autour d’une table. Pour Lévi-Strauss, la nourriture peut être traitée comme un langage et les messages qu’elle véhicule nous renseignent sur l’organisation des relations familiales, sur la manière dont les liens se tissent, sur les inclusions, les exclusions et les rancœurs inavouées. Les repas sont une succession de moyens de communication. Au fond, l’enjeu n’est pas de savoir si on mangera une dinde, de la butternut ou des Ferrero Rocher, mais plutôt de se demander : quels sont les messages que nous envoyons ? Quelle famille voulons-nous être ? Remercions-nous assez ceux qui préparent ? Quels combats sommes-nous en train de mener ? Le diable se cache dans les détails, et la reconnaissance des autres, dans les assiettes. Je vous souhaite de « faire » famille avec sérénité et de voir tous les plats cohabiter. #Bonjour


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