• Marie Robert

Ceci n’est pas une dépendance.


Ceci n’est pas une dépendance. Il y a ce moment dans la vie où l’on apprend à faire du vélo. Certains usent de stabilisateurs, d’autres s’exercent directement avec deux roues. Mais quelle que soit la formule adoptée, il y a un geste dont on ne peut jamais faire l’économie : c’est celui de la main alliée qui tient notre selle pour nous aider à nous élancer. Cette main appartient à nos parents, à nos frères et sœurs, à notre grand-mère, ou à un moniteur, peu importe, c’est grâce à sa présence, qu’encore maladroit et instable, nous arrivons à gagner de la vitesse et à avancer sur la piste. Peu à peu, on gagne en confiance, alors la main se fait plus légère et discrète, jusqu’à devenir inutile. Cette image du vélo m’a longtemps bouleversée, et elle continue de le faire. J’ai appris beaucoup de choses en autodidacte, j’ai souvent travaillé seule, j’ai le sens de la discipline chevillé au corps, mais à chaque fois que j’ai voulu progresser, avancer, me dépasser, explorer autrement, j’ai eu besoin, et surtout, j’ai eu la chance, de rencontrer un « passeur ». Littéralement, le « passeur » est la personne qui « fait passer une rivière », en somme qui nous permet de la traverser afin d’atteindre de nouveaux territoires. L’expression, dans les situations d’immigration, à parfois pris une connotation funeste, abusive, monnayée, mais peut-être qu’il ne tient qu’à nous de la réhabiliter. Car dans combien de circonstances avons-nous eu la nécessité d’une main amie pour nous aider à enjamber ? C’est parfois dans le cadre d’une discipline sportive, lorsqu’on sent que l’on stagne. C’est dans la vie professionnelle, pour agrandir nos perspectives. C’est au cœur de l’intimité, pour négocier un virage et voir autrement. A la différence du professeur qui délivre un contenu précis et objectivable, le « passeur » n’est là que pour renforcer, et faire jaillir, ce qui est déjà présent au plus profond de nos entrailles, de nos rêves, et de nos facultés. C’est un pied de nez à l’égoïsme rampant, à l’individualisme absurde. Nous sommes tous, tour à tour, passeurs et traversant. Merci à mes passeurs de m’ouvrir ce chemin. Je vous souhaite deux roues qui s’élancent. #Bonjour

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