• Marie Robert

Ceci n’est pas une cour.


Combien de fois dans une journée avons-nous l’impression d’être à côté de nous-même ? De jouer une comédie avec l’évidence habile de celui qui connait son rôle ? Sans effort, ni souffrance, on adopte une manière d’être qui ne correspond en rien à nos aspirations, à nos convictions ou à nos émotions réelles. On endosse un rôle qui rassure nos familles, séduit nos amis ou facilite nos liens avec nos collègues. On sécurise pour eux le périmètre de l’habitude, oubliant parfois combien cette zone nous est étrangère. L’ambition est de plaire, de garantir notre place dans le ballet du monde. De quoi se prive-t-on en se détachant de la sincérité, aussi délicate soit-elle ? Est-ce si grave de préférer la posture ? Ce n’est pas une question de morale, mais plutôt d’une crainte, celle de renoncer à une forme de justesse dans notre manière d’exister. Baldassare Castiglione, dans Le Livre du courtisan, publié en 1528, forge un concept singulier, celui de sprezzatura, proche de la nonchalance, de la désinvolture. Pour lui, le courtisan idéal n’est pas celui qu’on croit, c’est au contraire un modèle d’humanité accomplie. Il se distingue dans tous les domaines. Or, pour Castiglione, son talent lui vient précisément de la sprezzatura, un détachement intérieur qu’il con­serve en toutes choses, une absence de parade. C’est l’éloge d’une grandeur d’âme qui n’a besoin d’aucun artifice. Ne pas chercher à convaincre ou à flatter, ne pas courir après la récompense, et surtout ne pas jouer. A travers son regard, la nonchalance devient vertu. Le courtisan ne courtise personne d’autre que lui-même en étant juste avec ce qu’il est, ce qu’il veut et ce qu’il ressent. Le courage de ne plus monter sur scène pour simplement vivre. Je vous souhaite un dimanche de sprezzatura. A lire : « Être soi-même » de Claude Romann.

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