• Marie Robert

Ceci n’est pas une condamnation.


Ceci n’est pas une condamnation. L’une des choses que je pratique le plus, à part écrire, faire du sport et lire des articles sur la paléontologie, c’est la culpabilité. Je culpabilise de faire, de ne pas faire, de dire, de ne pas dire, d’agir et de ne pas agir. Je culpabilise d’avoir eu l’heureux hasard d’être née là où je suis née, lorsque tant d’autres s’exposent à la souffrance. Je culpabilise pour l’anodin autant que l’important. Et je ne crois pas être la seule. Il me semble même que la culpabilité est le sentiment du monde occidental le mieux partagé par tous les hommes. J’en connais les mécanismes. La Genèse et la psychanalyse nous ont appris que le sentiment de culpabilité n’a pas besoin d’une faute réellement commise par l’individu pour que celui-ci se vive comme coupable. Mais malgré ce savoir rigoureux, le constat demeure identique et la culpabilité nous dévore. Alors que faire ? Doit-on se laisser happer par ce vertige ? C’est déjà difficile de pardonner une offense, mais comment se pardonner celle qu’on n’a pas vraiment commise ? Ricœur propose une autre lecture, qui a défaut d’une issue, est peut-être la perspective d’une transformation. Et si au lieu de nous juger « coupable », nous acceptions plutôt que nous sommes simplement « faillibles » ? Nous avons le choix de répandre le mal ou non, et comme nous sommes des êtres imparfaits, notre « fragilité humaine » s’accompagne d’une « fêlure secrète », d’une faille intérieure qui peut nous faire basculer à tout moment du mauvais côté. Cette vision est certes saisissante, mais elle est aussi libératrice. Car nous sommes des êtres de bien et de mal, l’enjeu est juste de faire le plus de bien possible, ce qui signifie que parfois, nous n’y arrivons pas. Nous trébuchons, nous nous trompons, nous blessons, nous regrettons, mais loin d’être des fautes, et des objets de culpabilité sans fin, ces errances s’intègrent à notre fragilité, on apprend à les regarder avec douceur, et peu à peu, à s’en détacher. Réservons nos poids pour le sport. En attendant, je vous souhaite de faire comme vous le pouvez et de regarder avec tendresse votre faillibilité. #Bonjour

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