• Marie Robert

Ceci n’est pas une condamnation.


Pourquoi est-ce si dur d’avouer qu’on a été minable ? Que l’on a cédé à la colère, à l’ignorance, au mensonge, à la trahison ? Pourquoi est-ce si difficile d’admettre que l’on a trébuché, que l’on s’est pris les pieds dans les recoins les plus sombres de nous-mêmes ? Que l’on a eu la nausée en nous voyant agir ainsi ? Pourquoi est-ce si épineux de demander pardon à ceux que l’on a blessé, à ceux que l’on a méprisé ou à ceux que l’on n’a pas respecté ? Ce n’est pas une question de culpabilité, encore moins l’idée d’expier une faute commise à l’aune d’un stérile échiquier moral, c’est plutôt la perspective de faire de ces écueils de possibles voies d’ajustements. Reconnaitre pour s’engager autrement à l’égard de soi et à l’égard des autres. Pour bâtir d’une autre manière. Pour dépasser son statut de victime ou de bourreau. L’enjeu est de s’affranchir de ce qui nous entrave. Dans la conclusion de « Temps et Récit », son œuvre majeure, Paul Ricœur énonce l’idée très forte que l’individu se constitue dans une narration de soi sans cesse renouvelée, inlassablement reconfigurée. Il n’est pas question d’histoire objective, mais d’une histoire racontée sur soi-même, comme si le « je » était le lecteur et l’auteur de sa propre vie. Alors comment reprendre le fil de notre récit ? Comment se défaire du mal que l’on a fait, et dès lors, que l’on s’est fait, si nous ne sommes pas capables de le formuler ? Plus qu’une confession, c’est l’ambition d’un dire qui mène à une interrogation, à un possible changement. Reconnaitre, pour éclairer l’avenir. Je vous souhaite une journée d’aveux.

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