• Marie Robert

Ceci n’est pas une check-list



C’est une esquisse. Il y a peu, j’ai pris un cours de dessin à New-York. La perspective était plus celle d’une expérience insolite qu’un quelconque apprentissage technique. Et pourtant je me suis laissée happée par la rencontre. Je n’étais pas guidée, mais bousculée. Pas d’autre finalité que lever les yeux, ouvrir le regard, sortir du cahier. Sans doute que pour y parvenir, il faut un bon professeur. Celui qui, au détour d’une phrase, d’une remarque ou d’un geste inattendu, nous surprend et nous ouvre un monde. Etre en mesure de provoquer des déclics est une compétence pédagogique décisive souvent ignorée. C’est à l’opposé du vécu statique qu’impose le cours magistral. Partir de l’émotion, pour aller vers le concept. Oser quelques traits afin de raconter un vécu. Sans doute que renouveler la transmission suppose deux mouvements fondamentaux : d’une part, croire en l’élève, être convaincu de ses progrès à venir, et d’autre part, lui faire saisir que rien n’importe plus que la découverte. Exécuter un exercice ne signifie pas qu’on l’a assimilé, encore moins qu’il s’est passé quelque chose en nous. En revanche, essayer, se confronter, remettre en question, voir les limites, être déstabilisé, c’est réellement avancer. Tant que l’on percevra l’éducation comme une consommation de pages, de photocopies, de manuels, ou de diplômes, nous préparerons nos jeunes à être des consommateurs. Tant que nous ne percevrons l’art uniquement comme une expo à cocher dans un week-end parfait, nous viserons la performance plutôt que la compréhension. Changer de paradigme, accepter que l’apprentissage soit une transformation, est sans doute la seule manière d’aller vers l’exigence. Vers une volonté qui n’est pas dictée par le professeur mais par l’élève lui-même, conscient que l’expérience qu’il vient de vivre mérite d’être poursuivie et que le dessin peut être encore plus beau. Bref, soyons les uns pour les autres des professeurs confiants.

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