• Marie Robert

Ceci n’est pas une carte postale.


Ceci n’est pas une carte postale. Je me souviens du sable, collant aux pieds après avoir joué des heures au bord de la Méditerranée. Je me souviens de la puissance des vagues en me baignant dans l’Atlantique. Je me souviens de l’odeur des champs, chauffés par le soleil de Franche-Comté. Je suis une enfant du bitume, mais ces images ne me quittent pas, et je crois que nous avons tous, au cœur de nos sens, des fragments de nature qui demeurent en nous, des espaces sauvages ramenant à un temps lointain, à un temps qui nous précède. Pour Albert Camus, être en pleine végétation, c’est vivre un abandon, un retour originel. Dans un de ses textes que j’aime d’amour, les Noces à Tipasa, il déclare poétiquement : « Il me faut être nu et puis plonger dans la mer, encore tout parfumé des essences de la terre, laver celles-ci dans celles-là, et nouer sur ma peau l'étreinte pour laquelle soupirent lèvres à lèvres depuis si longtemps la terre et la mer ». La pensée est mise en mouvement par l’immédiateté des sensations. Cette étreinte nous rappelle que nous ne sommes pas en dehors de la nature, nous en faisons partie. Ce n’est pas une distance, pas une possession, mais un tout, qui vit, qui se transforme, qui chemine au fil des saisons, passant de la jeunesse du printemps au seuil de l’hiver. Alors que faisons-nous de ces fragments ? Comment prenons-nous soin de nous-mêmes ? Les générations futures porteront-elles en elles ces temps qui les précèdent ? Un paysage n’est pas une carte postale, c’est un miroir, qui comme tous les miroirs, renvoie des reflets troublants, et implique notre lucidité, notre humilité, la nécessité impérieuse d’une introspection. Pas une mode, pas une tendance, mais une conscience qui nous ramène à nos défaillances autant qu’à nos possibles changements. Prendre la mesure de ce sable, de ces mers, de ces champs, qui sont notre chair. C’est peut-être cela être en symbiose avec les éléments et participer à la « grande respiration du monde ». Je vous souhaite de préserver ce qu’il nous reste de fragile éternité. #Bonjour Credit : @pinkhawaiiii

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