• Marie Robert

Ceci n’est pas une carte de visite.


Ceci n’est pas une carte de visite. Il n’y a pas longtemps, je me suis dit que les gens qui répétaient régulièrement combien ils étaient « gentils et bienveillants » étaient souvent ceux qui avaient le plus de difficultés à incarner ces notions. Alors évidemment rien d’inédit ici. L’adage est connu, un peu facile, mais néanmoins valable dans tout un tas de domaines : « c’est ceux qui en parlent le plus qui en font le moins ». Oui mais voilà, ce qui m’intrigue, ce n’est pas tant de les juger, mais plutôt de saisir pourquoi on en « parle ». Qu’est-ce qu’on cherche à éprouver en faisant ce type de déclarations ? Qui souhaite-t-on convaincre ? Nous-mêmes ? Les autres ? Est-ce une manière de se rassurer ? Une façon de se lancer un défi ? Est-ce une forme de méconnaissance de soi ? Parce que le décalage est trop grand entre notre perception et celle que peuvent avoir les autres ? Sans doute un peu tout cela. J’ai la conviction qu’il y a véritablement, au cœur de ces affirmations, une quête criante de légitimité. Je sais qu’il s’agit là d’un terme à la mode, qui flirte avec le syndrome de l’imposteur. Son origine est multiple. Traditionnellement, elle désigne ce qui est conforme au droit. D’autres l’imposent par le statut, la connaissance, l’expertise, la conviction. C’est pour cela qu’on va à la pêche aux preuves, aux diplômes, aux likes, aux témoignages, aux étoiles…etc. Le sociologue Max Weber insiste sur les piliers de la légitimité que sont la rationalité, la tradition, et le charisme. Tout cela est fascinant autant que confrontant, et surtout, très utile pour penser un statut social, mais qu’en est-il lorsqu’il s’agit de légitimer notre caractère ? Où est le professeur des écoles ou le parent capable de nous dire : « c’est bien tu as été gentil aujourd’hui » ? Alors à défaut d’avoir accès à la bonne note, on se la donne à nous-même, on s’auto-congratule pour que les autres en fassent de même. Que se passerait-il si on n’avait pas besoin de cette procédure ? Si on se laissait vivre avec nos grandeurs et nos médiocrités ? Je vous souhaite de n’être ni gentils, ni bienveillants, juste d’être et faire de votre mieux. #Bonjour

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