• Marie Robert

Ceci n’est pas une carte d’identité.


Ceci n’est pas une carte d’identité. Le jour où on a appris à faire du vélo. Celui où l’on a fêté notre bac. Le concert auquel on a préféré assister. La pire coupe de cheveux qu’on ait eu dans notre vie. La fois où on s’est retrouvé à attendre un bus pendant trois heures à l’étranger. Notre premier chagrin d’amour. La manière dont on mange les Petit Lu. Le plat que notre mère nous faisait le plus souvent quand nous étions enfant. Notre peur la plus saisissante. Nos ivresses adolescentes. Etc. Autant de fragments épars qui constituent l’étrange puzzle de notre vie. L’anodin qui se mêle à l’inoubliable. Le singulier qui nous définit et qui fait de nous un individu unique sur cette curieuse terre. C’est drôle ce qu’on décide de partager avec les autres. Et c’est étrange de constater qu’il y a un âge où l’on raconte moins d’histoires, où l’on savoure moins la narration. Un âge où on ne se livre plus qu’à grand renforts de profession, de pluie, de beau temps, et d’avis sur l’actualité. La pudeur, ou peut-être, les remparts de l’âge adulte, laissent souvent dans l’ombre une part immense de notre biographie. On cloisonne, car il est inconcevable de faire le récit de notre intimité à des rencontres nouvelles, comme il est difficilement envisageable de ne pas passer par le parcours classique avec lequel on s’apprivoise les uns et les autres : « Vous faites quoi dans la vie ? Vous pensez qu’on va être confiné le week-end prochain ? ». Et pourtant, il y a quelque chose de crucial dans ces éléments qu’on juge inappropriés, quelque chose qui n’est ni la forme, ni la structure, mais une voix d’accès à l’émotion, à la profondeur, et aux ratés, souvent plus bouleversants et attachants que tout le reste. Car comment connait-on les gens ? Comment découvre-t-on un territoire ? A travers les monuments officiels ou en cherchant les criques cachées ? Qu’avons-nous envie de montrer de nous, et qu’avons-nous envie de savoir des autres ? Et si le changement commençait déjà à travers les questions que nous décidons de poser ? Et si nous faisions de l’anecdote, le nouveau terreau de nos liens ? Je vous souhaite de savoir comment les autres mangent leur Petit Lu. #Bonjour

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