• Marie Robert

Ceci n’est pas un vêtement



C’est une mise en scène. Elle est la robe. Je suis l’actrice. Je la traite comme une reine. Je la plie. La caresse. La dégrafe. La déboutonne. Le vêtement est une proposition. Un va et vient entre le dedans et le dehors. Une représentation de soi à laquelle on adhère pour une heure ou pour une vie. Nos habits sont des tentatives. Enfiler une tenue est un essai pour saisir un aspect de nous-mêmes, que l’on veut rendre visible et communicable. Une manière de se raconter sans la complexité des mots. Qui suis-je aujourd’hui en attrapant ce jean ? Ce sweat ? Cette chemise en soie ? Cette flanelle ? Ce geste appelle à une réflexion sur notre identité, mais aussi sur nos convictions, notre idéologie, notre philosophie. Bien sûr, il a la mode. Par son caractère à la fois collectif et momentané, elle est un critère objectif d'assimilation, un désir d’appartenance. Mais, en un sens inverse, chacun est tout autant désireux d'exprimer et de faire connaître sa singularité. Nous voulons être comme tout le monde, mais nous ne voulons pas être confondus avec n'importe qui. C'est ce désir de différence qu'atteste l'élégance de chacun, en lui faisant choisir ce qui le distinguera des autres : tel tissu, telle couleur, ou tel motif. Car les canons de chaque mode sont juste assez contraignants pour laisser place à d'imprévisibles variations. Alors laissons le spectacle commencer. Osons l’amusement, l’artifice, l’intemporel, l’engagement ou les excès. Ce n’est rien d’autre qu’un langage. C’est-à-dire un monde dont on peut s’emparer.

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