• Marie Robert

Ceci n’est pas un texto



C’est un empire. Maria Casarès et Albert Camus se sont rencontrés à Paris le 6 juin 1944. Elle a vingt et un ans, il en a trente. L’attraction entre eux est à la hauteur de leurs interdits. Camus est marié, ce qui n’est pas du goût de Casarès. Mais quatre ans jour pour jour après leur première fusion, le destin les rappelle à l’évidence : leurs vies ne peuvent être que liées, qu’importe les modalités et les conventions. C’est donc le 6 juin 1948, qu’ils se croisent par hasard boulevard Saint-Germain. Ils ne se quittent plus et pourtant, ils ne cessent de flirter avec le manque et les longues absences de l’un ou l’autre. Il écrit, elle joue. Leur quotidien est frénétique, pris dans un tourbillon constant d’amour et de créativité. Les livres et les conférences pour l’auteur, les tournées avec la Comédie-Française pour la comédienne. Ils s’échangent plus de 865 lettres, s’écrivant parfois plusieurs fois par jour. Ils naviguent à travers toutes les variations du sentiment amoureux, au-delà de la fatigue, de la lassitude ou de la fatalité. Leurs mots deviennent des caresses. Un désir brulant de découvrir l’essence de l’autre à travers le souffle de ses phrases. La langue s'invente dans chaque missive, et perdure parce qu'elle est partagée. Rien ne semble pouvoir y mettre un terme. Rien, si ce n’est le luxe racé d’une voiture, une jolie Facel Vega, qui aura raison d’Albert Camus le 3 janvier 1960, quelques jours à peine après sa dernière lettre. Laissant Maria face au néant d’une correspondance sans destinataire. « Nous nous sommes rencontrés, nous nous sommes reconnus, nous nous sommes abandonnés l’un à l’autre, nous avons réussi un amour brûlant de cristal pur, te rends-tu compte de notre bonheur et de ce qui nous a été donné ? »

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