• Marie Robert

Ceci n’est pas un tableau noir.


En septembre, cela fera dix ans que j’ai officiellement donné mon premier cours, autrement que dans le tête-à-tête d’une chambre. Dix ans, debout dans des salles de tailles diverses à l’image de mes élèves. Il me faudrait bien plus de termes que ne l’autorise un post instagram pour décrire, non pas ce que j’ai tenté de transmettre durant cette décennie, mais plutôt ce que cette constellation d’individus m’a appris chaque jour où j’ai eu la chance de les côtoyer. Enseigner, c’est-à-dire faire face aux autres, c’est être au cœur du monde, de ses transformations, de ses déviances, mais aussi de ses espoirs. C’est accepter de montrer toutes ses failles, pas seulement ses incompétences, mais aussi ses zones douloureuses, ses agacements, ses fragilités. Et puis surtout, c’est comprendre que nous ignorons tout de l’avenir, que nous ne pouvons préparer des élèves à ce qui nous échappe, que nous ne pouvons pas figer la pensée, ni enfermer le savoir. Notre seul enjeu est de réussir à faire perdurer un lien entre le passé et un futur méconnu. Entre la mémoire et la créativité. Et cela passe non seulement par une exigence salvatrice, mais aussi par le refus du dogme, de l’inélégance, de la paresse, de la bien-pensance, de la posture, de la facilité, du confort illusoire. C’est être semblable à un enfant qui découvre l’extérieur, qui contemple tout ce qui se meut autour de lui, et qui en questionne les principes. C’est finalement être dans la vie. Et la vie est aussi la fougue, l’ouragan, le désarroi, l’audace, la désobéissance, le doute. Alors quand je vois ce que certains de mes élèves sont devenus aujourd’hui, je veux les remercier d’incarner cela. Cette société qui n’a pas dit son dernier mot, qui refuse de céder à la panique et à la médiocrité. Bien sûr, on pourra toujours dire que c’était mieux avant, mais plus nous serons capables de porter un regard de confiance, plus le ciel s’éclaircira. A vous que j’aime d’amour fou, et à tous les professeurs qui érigent des ponts, avec patience et rigueur, gardez la tête pleine, les pieds agiles et le cœur ouvert. Je vous souhaite une journée de transmission.

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