• Marie Robert

Ceci n’est pas un téléphone.


Ceci n’est pas un téléphone. Elle court, elle court la rumeur. Un peu partout. Dans les cours d’école, dans les bureaux, dans les immeubles. La petite jouissance du commérage, du bruit de couloir, du commentaire. « Il paraît que ». Il parait que c’est vrai. Il parait que c’est faux. Il paraît qu’il a grossit. Il paraît qu’elle a acheté une nouvelle voiture. Il paraît qu’ils se séparent. Les langues échafaudent. Les téléphones frémissent. Difficile de ne pas être tenté d’y participer, difficile de ne pas céder à cette curiosité qui nous pousse à colporter le pire et le meilleur, sans prendre la peine de vérifier. Le mot « rumeur » existe dans presque toutes les langues. Il désigne un ensemble de bruit très confus qui consiste à attribuer des faits et des mots à d’autres individus alors que rien peut l’attester. Le phénomène a beau être courant, il n’en est pas moins étrange. Pourquoi aimons-nous autant les ragots ? D’où vient cette singulière jouissance ? Que faisons-nous de ces suppositions ? La rumeur rampe et nous fait divaguer. Qu’importe qu’elle soit douteuse, tant que l’information se partage, et que le vent se lève dans nos mots, pour mieux nous changer les idées. Pour faire face aux peurs, aux chaos, à la jalousie, au manque de confiance, à la tristesse, à l’incertitude, à l’ennui, l’esprit élabore des stratégies et se rassure en balisant sa trajectoire de préjugés et de racontars. Nous préférons expliquer les choses en usant de notre imaginaire plutôt que d’affronter nos émotions contraires. Mais n’avons-nous que cette technique pour combler nos angoisses et nos vides ? Pour Gaston Bachelard, la rumeur est un mal nécessaire, une étape dans le long chemin qui nous conduit vers la connaissance, car connaître, c’est précisément surmonter ces ob­stacles. La rumeur une fois partagée perd de sa puissance et alors, un second mouvement peut naître : celui de la vérification. Sans doute a-t-il raison, mais je sais combien ces « il paraît » abîment, alors à l’ivresse des commérages, je préfère la question qui demeure le plus court sentier vers la connaissance du monde, des autres et de soi. Je vous souhaite une journée de franches interrogations. #Bonjour

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