• Marie Robert

Ceci n’est pas un silence.


Ceci n’est pas un silence. On raconte tout le temps comment étaient les choses au commencement. On se délecte en entendant la genèse des histoires d’amour et toutes les palpitations suscitées par les rencontres. On s’émeut des naissances. Et on admire les idées de génies qui donnent vie à des projets excitants. Je crois que nous sommes nombreux à être attirés par les débuts, par la nouveauté qu’ils supposent, par la curiosité qu’ils impliquent. C’est le règne de la découverte, la fièvre des imprévus, quand rien n’est figé, encore moins devinable. Quelle divine période où l’on progresse à tâtons dans cette jungle luxuriante qu’est la nouveauté ! Et puis, la vie s’installe. Et les paroles se raréfient. Au-delà de nos intimes, quelle place donne-t-on, dans notre société, aux ruptures, aux deuils, aux faillites ? Comment dire au grand jour ces instants où ce qui était, n’est plus ? Ou l’amour s’effiloche, jusqu’à s’éteindre ? Quels mots poser sur les vulgarités ordinaires, sur les mesquineries innommables, sur les rancœurs qui ternissent tout ? Quels vocables pour décrire les derniers jours d’existence, lorsque les organes renoncent à leur fonctionnement ? Et professionnellement, comment oser une narration faite d’huissiers, de saisie des comptes, de liquidation ? La fin est-elle moins intéressante, moins avouable, moins prometteuse ? Je l’ignore. L’auteur Sandro Veronesi, dans Le Colibri, propose ces mots : « On connaît toujours, à l'aube d'une relation, un moment d'illumination où on la voit dans un même mouvement fleurir, s'installer dans la durée, devenir ce qu'elle deviendra et finir comme elle finira. Et on voit tout parce que, en réalité, la relation entière est contenue dans son commencement, de même que la forme de toute chose est contenue dans sa première manifestation. ». Peut-être. Je vois entre les débuts et les fins la même intensité, la même urgence d’acceptation. Les débuts contiennent la fin et la fin l’ivresse des débuts. Cercle infini et infiniment précieux, qui entre les deux, héberge la tendresse de nos tentatives. Je vous souhaite de choyer vos débuts et vos fins. #Bonjour Credit : @_annamagnani_

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