• Marie Robert

Ceci n’est pas un sacrifice.



Ceci n’est pas un sacrifice. Il y a une chose qui me trouble à chaque fois que je la réalise. Cette idée, c’est que je n’ai jamais l’impression de « travailler ». Ce n’est pas une coquetterie, une formule alambiquée, pour dire que mon quotidien est formidable. Ce n’est pas le cas. Loin de là. Les journées sont intenses, souvent houleuses, toujours chargées. Il n’y a pas une semaine sans vertige émotionnel, sans questionnement métaphysique, sans problèmes à régler, sans évier à déboucher, sans peurs paralysantes, sans sentiment de mal faire, de ne pas faire, de trop faire. Pour autant, il n’est jamais question de labeur, de sacrifice ou d’aliénation. Car à chaque seconde, j’ai le luxe prodigieux de ressentir l’humanité qui déborde, qui n’en peux plus de se faufiler dans tous les interstices. Je ne travaille pas. Je construis des châteaux-forts avec Mendrika et Myriam. Je nettoie l’horizon avec Ioana, Amanda et Sophie. Je fais des rencontres bouleversantes derrière ma webcam. Je caresse les cheveux soyeux des enfants autour de moi. J’écris des mots en espérant qu’ils appartiennent aux autres. Je trébuche quand Alex me parle de compta. Je transmets tout ce qu’il m’est permis de savoir. Je pars à l’aventure avec mon frère. Je tombe. Je me relève. Je pleure autant que je ris. J’accumule des angoisses pour mieux les affronter. Je jongle avec ma culpabilité. J’essaye de donner le meilleur, en étant convaincue que dans le domaine de l’éducation, ce ne sera jamais assez. Je ne travaille pas, je vis. Que ce soit dans une salle de classe parisienne, dans un garage marseillais ou dans le douzième TGV du mois, je sais pourquoi je suis là. Et c’est peut-être ça que l’on appelle « le sens ». Ce mot étrange aux contours flous. Ce n’est pas seulement une question de secteur, de salaire, de rythme, de cadre, d’horaires ou de réussites. C’est une question de compréhension. Quel est notre rôle ? Quelle est notre tâche ? Où nous conduit-elle ? Sommes-nous à notre juste place ? La souffrance naît du néant que suppose ces interrogations. Mais les rares fois où l’on ressent les réponses, alors, la lumière permet de supporter toutes les ombres. Je vous souhaite une journée de répit.

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