• Marie Robert

Ceci n’est pas un risque.


Et puis soudain, on ose. On saisit la poignée. On saute dans le wagon au moment où retentit la sonnerie. On prend la parole pour dire ce qu’on retenait depuis si longtemps. On embrasse ces lèvres tant désirées. On renverse la table et on s’élance sans tergiverser. Qui n’a pas déjà rêvé d’agir comme il faut, au moment où il faut ? Aristote conçoit l’instant comme un « maintenant » qui délimite un avant et un après. Plus généralement, la pensée grecque désigne trois temps. D’abord, le temps linéaire, le Chronos qui s’écoule sans cesse. Puis, le temps très long, qui flirte avec l’éternité, que l’on nomme l’Aion. Et enfin, le Kairos, ce temps de l’action opportune, ce moment où tout s’aligne. Mais comment l’atteindre ? Comment le viser ? La difficulté du Kairos est que dès nous y pensons, dès que nous tentons de le provoquer, il s’évanouit. Et l’on se retrouve, déçu, hagard soumis à l’acidité des regrets. Pourquoi n’ai-je pas agi ainsi ? Pourquoi n’ai-je pas répondu cela ? Alors que faire ? Et bien vivre, tout simplement ! Car le Kairos n’est pas une méthode, c’est un moment que l’on saisit comme ça, dans la justesse d’un coup d’œil, dans la beauté singulière de l’instant. L’homme vertueux n’est pas un sage, mais il est celui qui sait s’adapter aux circonstances présentes, et saisir l’instant propice pour se lancer. Son action est bonne dans la mesure où elle est effectuée au moment le plus judicieux. Gardons nos yeux et notre cœur ouverts, il se pourrait que nous n’ayons rien d’autre à vivre que le présent. A nous de ne pas le laisser passer. Je vous souhaite une journée de kairos.

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