• Marie Robert

Ceci n'est pas un rêve.

Ceci n’est pas un rêve. C’est un phénomène si particulier, celui de l’insomnie. Toute la journée, on ne rêve que d’une chose : dormir. On baille, on s’étire, on s’imagine allongé. Et soudain, alors qu’enfin nous sommes au creux du lit, le corps et l’esprit refusent de s’apaiser, ils entrent en résistance. Il y a deux sortes d’insomnies, celles qui empêchent de trouver le sommeil et celles qui réveillent au cœur de la nuit ou à l’aube, ce sont ces insomnies d’angoisse qui viennent démanger l’oreiller. Les premières sont pénibles, mais supportables, on finit par céder, par lâcher, par capituler. Les secondes, sont plus pernicieuses, elles inquiètent, chavirent, viennent nous dévorer. On est ramené vers ce qu’on cherchait à fuir. Les idées noires, obsessionnelles, déforment la couette, envahissent la chambre. C’est l’inaccompli qui saute à la gorge. C’est curieux tout de même. Que veille cette âme inquiète ? De quoi est-elle encombrée pour ne pas pouvoir s’abandonner à la nuit ? Faut-il lire ? Allumer la lumière ? Envoyer des messages ? Attendre les yeux fermés ? Compter ses respirations ? On panique. On projette la journée à venir, celle où il faudra se concentrer, malgré l’épuisement. Et pourtant, aussi terrorisante et éreintante soit-elle, l’insomnie est un luxe. Dans l’insomnie, on retrouve ce face à face, dont tout, dans la vie quotidienne, nous détourne, ce face à face avec nous. La nuit nous invite à ne pas « devenir » soi-même, mais aller vers soi comme on va à la rencontre de l’amour. Nos insomnies nocturnes ouvrent un espace de dialogue, de création, d’audace, elles nous proposent de contempler ce quelque chose en fusion qui demande à être écouté. Dans certaines traditions, l’insomnie est le signe qu’on ne s’est pas accordé assez de temps. Et si c’était le cas ? Et si c’était un appel de la conscience ? Et comme l’écrivait si bien Anne Dufourmantelle : « La nuit est ce monstre très doux qui nous propose un abandon sans limites, là où se construisent nos langues secrètes, nos refuges. Au réveil, il nous faut chaque fois apprivoiser ce retournement du monde magique en ce qu’on appelle réalité ». Je vous souhaite d’accepter l’invitation. #Bonjour


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