• Marie Robert

Ceci n’est pas un réveil.


Ceci n’est pas un réveil. Les yeux piquent. L’esprit est un peu las. Le corps puise dans d’illusoires réserves. Il nous manque tant d’heures de repos. On ne parle guère de la fatigue en philosophie, parce qu'elle est banale. Aussi banale qu’universelle. Tout le monde est fatigué, à certains moments de l’année, de la semaine, de la journée. La fatigue est un point de convergence dans cette existence de travail où même l’oisiveté semble subir l’accélération. Ni les week-end, ni les vacances n’en sont épargnés. Fatigare, en latin veut dire littéralement : « faire crever un animal ». Cette idée pourrait avoir son origine dans des contextes sacrificiels. Être fatigué devient alors « être sacrifié ». Il y aurait beaucoup à dire sur l’apparente infatigabilité qu’on s’impose. Comme si être puissant, c’était être doté du pouvoir de fatiguer et non d'être fatigué. Une course sans fin. Mais peut-être qu’avant de rentrer dans le tumulte de la journée qui s’annonce, il est temps justement d’accepter notre louable impuissance. Accepter d’être un animal sacrifié sur l’autel d’un rythme éreintant. Alors pendant quelques instants, espérons… Que les stimulations cessent. Que la lumière baisse. Qu’il n’y ait plus de bruit. Qu’il y ait moins de mouvement. Qu’il ne soit plus nécessaire de faire, d’agir. Ne plus devoir, ne plus avoir à, ne plus répondre de, ou répondre à. Que les yeux se ferment encore un peu, que l’on puisse plonger dans cet autre monde, pas forcément celui de la nuit, mais celui de la douceur. « Confier à l'autre son sommeil est peut-être la seule impudeur. Laisser se regarder en train de dormir, d'avoir faim, de rêver, de se tendre, de s'évaser est une étrange offrande. Une incompréhensible offrande. La plus tendre » - Pascal Quignard. Je vous souhaite, plus que jamais, de prendre soin de vos fatigues. #Bonjour

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