• Marie Robert

Ceci n’est pas un puit.


Ceci n’est pas un puit. Comme beaucoup ici, j’ai du mal à supporter les ruptures. C’est-à-dire, pas seulement celles que j’ai pu vivre. Non, je parle, plus généralement, de tous les récits de séparations. Quelque chose, en leur sein, me bouleverse. Aussi nécessaires, justifiées, et souhaitables soient-elles, les ruptures nous emmènent dans le territoire glacial de l’impossibilité, de l’inachevé qui pourtant s’achève, de la promesse qui finalement n’a pas été tenue. Mais ce qui me laisse le plus perplexe, ce sont les modalités selon lesquelles elles se déroulent. Il y a une question qui s’impose : « pourquoi la rupture nous rend aussi con ? ». Bien sûr, j’entends déjà certains, qui ici, me diront que tout peut se faire « en bonne intelligence », je connais moi aussi des couples qui se dé-tissent dans le respect. Mais en toute sincérité, j’ai plus souvent assisté à l’inverse. J’en ai été l’actrice et le témoin. L’onde de la rupture nous fracasse. Les capacités de raisonnement s’éparpillent, se brisent comme les assiettes du foyer qui n’existe plus. On s’embrouille, on se brouille, on travestit, on se doit d’avoir raison pour que l’autre s’étouffe dans ses torts. Et surtout, on se fige dans une inélégance insensée. Faisant état des comptabilités les plus fourbes, des plans les plus tortueux. On écrit des textos incendiaires, on planque des affaires, on touche aux points le plus délicat, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien dans le champ de bataille. On devient viscéralement « mesquin ». Le terme mesquinerie est issu de l’italien « meschino », qui lui-même renvoi à l’arabe signifiant « pauvre ». Voilà sans doute la plus parlante des descriptions, on se rend « pauvres » au lieu d’être « riches » de l’expérience vécue. Je n’ai aucune sagesse à offrir, et encore moins la prétention d’une solution, mais j’aime ce questionnement : pourquoi nous rendons-nous mutuellement si pauvres ? Pourquoi vidons-nous nos réserves de souvenirs et d’énergie ? Que recherchons-nous dans ce geste ? À effacer ? À assurer le non-retour ? À nous d’écrire nos réponses pour peut-être faire de la mesquinerie le terreau de nos noblesses à venir. Je vous souhaite du courage. #Bonjour

81 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout