• Marie Robert

Ceci n’est pas un pouvoir magique



C’est un pouvoir humain. Un geste. Une main. Une caresse. Une présence silencieuse. Celui qui a déjà tenté de prendre quelqu'un en larmes dans ses bras le sait mieux que quiconque, la consolation est l'un des mouvements les plus émouvants qui soient. Fragile et maladroite quand elle éclot, mais puissante et réconfortante quand elle distille son philtre. La consolation est une étrange alchimie qui demande du temps et du tact, qui exige que le consolateur apprenne la grammaire de l’autre, qu’il ne s'immisce ni trop tôt, ni trop tard dans son chagrin, pour créer un après, ouvrir une nouvelle séquence, plus douce, plus supportable. Consoler, c’est accepter notre impuissance face à la douleur, c’est renoncer à ce stérile « ce n’est rien » alors que pour celui qui souffre, le néant est tout, et qu’il cherche à être reconnu dans sa peine. Consoler, c’est accompagner ce temps du vide, sans perspective d’une immédiate résilience, sans nier que quelque chose s’est passé, sans craindre de considérer la perte, sans en juger l’objet. Celui qui console peut juste donner corps à sa tendresse. Réorienter le regard. Proposer une transition. Trouver les images qui aideront à percevoir un bout d’horizon. Être là. Dans un film regardé au fond de son lit. Dans un pull où l’on se love. Dans une promenade le long de notre mélancolie. Dans une musique sur laquelle on pleure. Dans un câlin sans parole. Dans un dialogue qui décortique à n’en plus finir ce qu’on ne pourra pas changer. La sensualité de la désolation se décline à l’infini. Consoler suppose de renoncer à la domination pour se fondre dans l’émotion et user du pouvoir subtil de la délicatesse.

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