• Marie Robert

Ceci n’est pas un point gps.


Ceci n’est pas un point gps. L’autre jour, j’écrivais qu’on appartenait toujours un peu aux lieux où l’on avait passé ses vacances en étant enfant. Ce n’est pas une question d’activités, de soleil, de loisirs, ni même de plaisir, de confort ou de beauté, c’est plutôt la façon dont l’environnement conditionne notre regard, la manière dont les choses nous marquent, et deviennent nôtres, presque malgré nous. C’est sans doute ce qu’on appelle le « familier ». Ces lieux dans lesquels nos pieds ne balbutient pas, ceux où l’on retourne en étant envahi de tendresse. Dès que je pense à cela, je pense aussi à ceux qui ne peuvent pas y revenir. Aux exilés. Aux arrachés. Ou encore, à ceux qui ont vu leurs lieux disparus, abimés, métamorphosés. Dans un de ses textes nommé « Du conte de fées », Tolkien évoque sa « nostalgie au cœur » à l’égard des terres imaginaires dépeintes dans les légendes scandinaves. C’est curieux d’envisager qu’on puisse être nostalgique d’un lieu fictionnel, et pourtant, Tolkien donne corps à ce sentiment et l’associe à un sublime terme gallois : l’hiraeth. L’hiraeth, c’est la nostalgie d’une contrée dans laquelle nous sommes dans l’impossibilité de nous rendre. Soit qu’il s’agisse d’un lieu qui n’a jamais existé, soit que ce lieu soit à jamais détruit par le passage irrémédiable du temps. L’hiraeth est l’émotion des déracinés, qui ne pourront jamais retourner dans ce « chez-soi » rêvé et absent, auquel on se sent pourtant appartenir. Cette idée me bouleverse. Il se joue là une tristesse inconsolable. Mais est-ce pour autant que ce lieu est évaporé ? Je ne crois pas. Au contraire, l’hiraeth et les sentiments qu’il convoque donnent de la matière à ces espaces. Grâce aux émotions, aux souvenirs, et aux récits que l’on porte en nous, on construit des villes immatérielles certes, mais solidement bâties dans nos cœurs. Je vous souhaite d’être architecte. #Bonjour

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