• Marie Robert

Ceci n’est pas un paradis perdu.


« Accompagnateur de dauphins. Infirmière pour grands-parents. Fabricante de solutions. Styliste pour les bébés. Vétérinaire pour pangolins. Scénariste sur Netflix. Jongleur. Sauveur du monde. Chanteuse. Architecte dans l’espace. Cuisinier italien. Policier des pailles en plastiques ». La semaine dernière, j’ai demandé aux élèves ce qu’ils aimeraient faire « plus tard ». Il y avait une part de nostalgie, dans cette question posée à tant de générations avant eux. J’ai reçu leurs réponses avec une infinie tendresse, comme un instantané générationnel. Et puis, je me suis interrogée sur le statut de ce que l’on appelle parfois pompeusement « un rêve d’enfant ». Quels étaient les nôtres ? Dans quelles mesures les avons-nous poursuivis ? Quelle place conférer à ces élans ? Je ne fais pas partie de ceux qui redoutent le changement et qui pensent que les mouvements sont une forme insidieuse de trahison. Au contraire, je crois aux rencontres qui nous bouleversent et aux découvertes qui nous ouvrent des mondes. Modifier ses rêves, ce n’est pas nécessairement y renoncer, c’est parfois en trouver d’autres, plus alignés avec notre personne, avec notre horizon d’adulte dégagé des conditionnements familiaux. Mais parfois, tout de même, il est précieux de revenir à ces désirs juvéniles, de s’en nourrir, et surtout, d’entendre ce qu’ils ont à nous dire. Soyons capables de constater ce qu’ils portaient en eux d’espérance, de fougue, de fureur, d’innocence. Soudain, le passé n’est plus un souvenir désuet, il se pare d’une nouvelle lueur qui éclaire l’avenir. Comment honorer nos vocations d’antan ? Pourquoi les avons-nous perdus ? Et comment y revenir ? Il n’est jamais trop tard pour offrir un nouvel écrin à ces passions qui s’enracinent en nous depuis toujours. Car il ne s’agit pas de devenir jongleur ou accompagnateur de dauphins, mais plutôt de saisir ce qui se joue dans ces envies. La technique ? La liberté ? Le cadre ? L’empathie ? Le collectif ? La question n’est ni utopique, ni illusoire, au contraire, c’est peut-être à ce prix, qu’on finit par trouver sa place dans le monde. C’est ce que je souhaite à mes élèves chéris. Et à vous aussi.


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